Le camping de Saint-Léonard-des-Bois (Sarthe) et le domaine du Gasseau accueillent un nombre croissant de visiteurs, grâce à une météo clémente et à l'attractivité de la région. Cependant, cette période de l'année est également marquée par des préoccupations économiques liées à la hausse des prix, notamment celle du carburant.
Au Mans, des livreurs à vélo patrouillent autour de la place de la République, attendant leur prochain appel. Alpha, un livreur guinéen, évoque son quotidien : "C'est difficile, notre rémunération ne reflète pas l'effort fourni". Ce sentiment s'est intensifié après la récente plainte déposée par quatre associations pour "traite d'êtres humains" contre Uber Eats et Deliveroo.
"Il faut faire dix kilomètres pour gagner cinq euros"
Cette plainte soulève des questions sur les conditions de travail des livreurs, souvent qualifiées d'exploitation. "C'est de plus en plus dangereux," affirme Alpha, tout en soulignant que le système punit les livreurs qui ne parviennent pas à répondre à la pression des clients mécontents.
À côté de lui, Aridari, un jeune Afghan, décrit son expérience : "Je travaille entre dix et douze heures par jour, et parfois il faut parcourir dix kilomètres juste pour gagner cinq euros." Cette instabilité rappelle le terme "esclavage moderne" utilisé par les avocats concernés.
En revanche, une alternative éthique a émergé avec Frères Toque, une initiative lancée en 2015 à Angers, qui s'est récemment implantée au Mans. Flavien, un jeune livreur avec le logo de Frères Toque, explique : "Ici, je gagne un salaire fixe de 10 euros de l'heure, contrairement aux 7 à 8 euros d'Uber Eats. Cela me permet d'atteindre environ 1 000 euros par mois." Cette structure administrative s'efforce d'offrir un cadre de travail plus équilibré.
Frères Toque : "C'est toujours précaire, mais cela n'a rien à voir avec les autres"
Victor, un autre livreur plus expérimenté, reconnait que bien que le modèle Frères Toque ne soit pas exempt de précarité, il constitue une option largement mieux structurée. "Le soutien humain ici est crucial ; lorsque vous avez un problème, il y a quelqu'un pour vous aider," souligne-t-il. La rémunération horaire permet aux livreurs de ne pas être uniquement payés à la tâche, ce qui les met moins en danger financièrement.
Louis Prézelin, le fondateur de Frères Toque, insiste sur l'importance d'un modèle économique stable : "Nous garantissons un paiement de base et un mode de planification des heures de travail, ce qui assure à nos livreurs une rémunération sûre, quel que soit le volume de commandes." Contrairement à Uber Eats et Deliveroo, qui ne rémunèrent pas les temps d’attente, ce modèle tente de répondre aux incertitudes de la météo avec des primes adaptatives pour les conditions difficiles.
Ainsi, l'essor de Frères Toque démontre qu'il est possible d'offrir des conditions de travail dignes, en opposition aux pratiques parfois critiquées des grandes plateformes de livraison.







