Bull : l'ambitieux retour du supercalculateur français

Bull, fleuron de l'informatique française, renaît sous l'égide de l'État.
Bull : l'ambitieux retour du supercalculateur français
Une partie du premier supercalculateur européen de classe exascale est visible lors de l'événement de lancement du nouveau supercalculateur JUPITER au centre de recherche de Jülich (Forschungszentrum Jülich) le 5 septembre 2025 à Jülich, en Allem
Le groupe d'informatique français Atos a finalisé la vente de ses activités stratégiques à l'État, valorisées à 404 millions d'euros. La nouvelle entité, rebaptisée Bull, regroupe les activités de calcul de haute performance et le calcul quantique ainsi que des supercalculateurs utilisés pour la dissuasion nucléaire.

En cette période précédant Pâques, l'État a redonné vie à l'emblème historique de l'informatique française : Bull. Concrètement, la puissance publique a concrétisé le rachat pour 404 millions d'euros des activités stratégiques d'Atos, qui avait absorbé Bull en 2014. Bercy a salué "une étape décisive pour la souveraineté technologique de la France". Les grandes difficultés d'Atos ne permettaient plus de garantir la pérennité de sa branche dédiée aux supercalculateurs, une compétence française rare mais essentielle.

Les machines développées par Bull sont notamment employées pour simuler les essais nucléaires, essentielles à la dissuasion et à la sécurité nationale. Avec une équipe de 3 000 employés, Bull fait partie des rares entreprises capables de créer des supercalculateurs de classe exascale.

Supercalculateur Jupiter

Ces systèmes sont capables d'exécuter un milliard de milliards d'opérations par seconde, un exploit expliqué par Emmanuel Le Roux, directeur général de Bull. En chiffres, cela représente 1 000 000 000 000 000 000 (10¹⁸), équivalant à plus d'opérations que l'ensemble de l'humanité pourrait effectuer en quatre ans de calcul mental.

Il y en a trois aux États-Unis et bientôt deux en Europe, souligne Emmanuel Le Roux.

L'année passée, la société a livré le premier supercalculateur exaflopique européen en Allemagne, baptisé Jupiter, classé quatrième au niveau mondial selon le classement de référence.

En plus de Jupiter, Bull travaille sur un nouveau supercalculateur en France au Très Grand Centre de calcul (TGCC) du Commissariat à l'énergie atomique à Bruyères-le-Châtel, visant à rejoindre le club restreint de pays disposant de telles capacités.

Des recherches de pointe

Ce nouvel ordinateur, nommé Alice Recoque en hommage à une pionnière française de l'informatique, sera livré en plusieurs étapes d'ici la fin 2027, pour un coût de 554 millions d'euros, principalement financés par des fonds publics. Il sera dédié à des recherches avancées, offrant des performances sans précédent pour développer l'intelligence artificielle et simuler des phénomènes climatiques complexes.

Ce système ouvre la voie à la création d'un jumeau numérique du cerveau pour mieux comprendre sa dégénérescence, explique Emmanuel Le Roux.

Le supercalculateur fonctionnera partiellement avec des processeurs fournis par l’entreprise AMD, mais promet également d’avoir 70 % de valeur européenne. Emmanuel Le Roux a déclaré : "Notre objectif est d’atteindre plus de 80 % de composants européens dans les années à venir, pour offrir une alternative entièrement européenne".

Par ailleurs, Bull a connu une croissance de 16 % l'année dernière avec un chiffre d'affaires de 720 millions d'euros, et la capacité de production de son usine d'Angers doit doubler. D'ici cinq ans, la société prévoit de livrer son premier calculateur quantique hybride.

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