Yohann vit avec une condition peu connue appelée prosopagnosie, qui l'empêche d'identifier les visages, y compris ceux de sa propre famille et de lui-même. Dans une interview donnée à Faustine Bollaert, il dévoile les défis que cela pose dans sa vie quotidienne, notamment lors d'événements aussi simples que de ramener son fils de la crèche.
Les recherches estiment que environ 2,5 % de la population souffre de prosopagnosie, ce qui représente une personne sur 40. Yohann a souffert de ce trouble pendant de nombreuses années sans pouvoir l'identifier clairement. Ce n'est qu'à 27 ans qu'il prend conscience de la nature de sa différence : "Le déclic a eu lieu quand je suis allé chercher mon fils à la crèche," confie-t-il. Reconnaître son propre enfant au milieu des autres s'est transformé en un véritable défi, où il se retrouve à hésiter, se demandant : "Je ne peux pas aller demander à l'assistante maternelle : 'Excusez-moi, pourriez-vous me dire quel est mon enfant ?'"
Ce type de situation est familier pour Yohann, qui a appris à naviguer cette difficulté depuis son plus jeune âge. "Mon premier souvenir remonte à l'école primaire. J'avais noté les couleurs des manteaux en face des prénoms dans mon cahier de brouillon," se souvient-il. Lors de jeux de football, il a développé des stratégies pour éviter de se retrouver dans des situations embarrassantes, comme frapper le ballon le plus fort possible afin de ne pas être identifié.
En grandissant, sa difficulté à reconnaître ses camarades et même sa propre mère est devenue de plus en plus évidente. "Quand ma mère est revenue d'un rendez-vous chez le coiffeur, je ne l'ai pas reconnue et j'ai eu le culot de dire que je n'aimais pas sa nouvelle coupe," dit-il, un souvenir qui reste blessant aujourd'hui. Cela lui a causé du tort à l'école, où il a été taquiné pour son incapacité à reconnaître ses pairs.
"Je n'utilise pas le visage pour reconnaître les gens," dit Yohann, ajoutant : "98 % du temps, je réussis à identifier les gens, c'est juste que je me base sur d'autres caractéristiques, comme le regard."
Yohann, atteint de prosopagnosie
La situation suscita l'incrédulité autour de lui, y compris de sa femme : "Quand j'ai expliqué ma condition, elle a d'abord eu du mal à me croire. Ce n'est que lorsque je ne l'ai pas reconnue dans la rue que ma réalité lui a vraiment sauté aux yeux," explique-t-il. À travers son témoignage, il souhaite sensibiliser le grand public sur les enjeux liés à la prosopagnosie, une condition qui, bien qu invisible, modifie profondément la vie de ceux qui en sont atteints.







