Nanterre (AFP) – Au cœur du centre pénitentiaire de Nanterre, cinq détenus se trouvent confinés dans une cellule de 11 m², une situation révélatrice d'une surpopulation carcérale alarmante en France, qui affecte gravement les conditions de vie des prisonniers et la gestion du personnel pénitentiaire.
Des espaces initialement conçus pour deux personnes sont désormais surpeuplés. Mal ventilées et obscurcies par un caillebotis devant la fenêtre, les cellules sont le théâtre d'une vie quotidienne marquée par l'insalubrité. Une table minuscule, où s'entassent cinq assiettes, précise une situation alimentaire précaire. Les prisonniers sont forcés de partager ces lieux exiguës où même l'accès à des toilettes est rudimentaire, masqué par un drap.
Lorsque la nuit tombe, les détenus doivent escalader leurs lits dépourvus d'échelles pour atteindre des toilettes à peine dissimulées, une situation témoignant d'un quotidien désespérément difficile. Un autre détenu souligne le témoignage d'une cellule où un robinet fuit constamment, ajoutant à l'humidité ambiante qui favorise les moisissures.
Pour lutter contre le froid et l'humidité, des plaques de cuisson restent allumées en permanence, car certains détenus utilisent même des poêles vides comme source de chaleur. Fin janvier, la députée Elsa Faucillon a pu observer ces conditions déplorables lors d'une visite parlementaire. "C'est choquant de voir à quel point la prison n'est pas en mesure d'assurer un cadre de vie décent", a-t-elle commenté.
Les prisonniers se divertissent comme ils le peuvent : entre les discussions sur la vie à l'extérieur et les parties de cartes, la télévision reste continuellement allumée, bien que la fumée des cigarettes contribuent à une ambiance irrespirable, selon des témoignages recueillis.
Promenades et conditions de détention
Accorde seulement deux heures de promenade par jour, ces détenus profitent de micro-événements comme des parloirs ou des douches pour échapper temporairement à la monotonie et aux tensions de leur quotidien. Cependant, ces moments de répit ne suffisent pas à masquer la dure réalité de l'enfermement.
La situation est alarmante : actuellement, environ 1 226 détenus côtoient les 592 places disponibles. La densité carcérale a culminé à 213% fin 2025. Le contrôleur général des prisons a même affirmé que ces conditions de vie ne respectent pas les normes minimales d'hébergement digne.
Soulignant la tension croissante, le directeur du centre, Thomas Benesty, évoque les obstacles quotidiens auxquels sont confrontés les surveillants. Selon un détenu ayant confié : "On a l'impression d'une peine supplémentaire sur une peine...". La montée de l'absentéisme parmi le personnel, atteint 25%, souligne également une pression constante qui fragilise l'ensemble du système.
La députée Faucillon insiste sur l'importance de revoir ces conditions pour prévenir la récidive, un des objectifs principaux de l'incarcération. "Comment pouvons-nous espérer réinsérer ces individus si nous les traitons dans des conditions inhumaines ?" a-t-elle questionné lors de sa visite.
Pour ceux chargés des conseils en insertion, la situation est encore plus difficile, chaque conseiller gérant jusqu'à 90 dossiers, alors que la norme est de 60. Cela compromet leur capacité à évaluer et à répondre adéquatement aux plus vulnérables parmi eux.
Dans une réponse à la presse, le directeur Benesty a exprimé l'urgence d'une action politique pour remédier à ces déficits au sein de l'établissement. La tâche semble peine à se stabiliser tant que les ressources et les infrastructures restent largement insuffisantes.
Les conditions régnant au centre pénitentiaire de Nanterre révèlent non seulement un manque d'effectifs et de matériel, mais font aussi écho aux échecs d'une politique pénitentiaire qui doit être réévaluée et modernisée.







