Des chercheurs explorent une approche innovante ciblant l’immunité adaptative pour développer un traitement prometteur contre le risque élevé de récidive après un syndrome coronaire aigu (SCA). D'après les résultats encourageants d'un essai de phase 2, la communauté scientifique envisage désormais de lancer un essai de phase 3, de plus grande envergure.
Le syndrome coronaire aigu est souvent causé par la rupture ou l'érosion d'une plaque d'athérome, entraînant la formation d'un caillot entravant le flux sanguin vers le cœur. Cette condition, liée à l’athérosclérose, nécessite une intervention rapide afin de prévenir des lésions sévères au niveau cardiaque.
Le risque de récidive après un SCA est alarmant, avec près de 60 % des patients présentant une inflammation chronique, mesurée par un taux élevé de protéine C-réactive dans le sang. Ce marqueur est fortement associé à un risque accru de récidive, surtout durant la première année suivant l’événement initial. Actuellement, aucun traitement spécifique ne cible cette inflammation et la majorité des essais se concentrent sur l’immunité innée, sans résultats concluants.
L'immunité adaptative : une nouvelle voie prometteuse
Cependant, des études antérieures ont révélé que le nombre de cellules T régulatrices (Treg), qui jouent un rôle crucial dans la modulation de la réponse immunitaire et la suppression de l'inflammation, était considérablement réduit chez les patients ayant subi un SCA. Selon l'Inserm, 'l'effet protecteur lié à l'augmentation de ces cellules a été démontré dans des modèles animaux d'infarctus du myocarde et d'athérosclérose'.
Une équipe du centre de recherche cardiovasculaire de Paris (Inserm/Université de Paris Cité), en collaboration avec des chercheurs de l'Université de Cambridge, a récemment publié des résultats dans Nature Medicine. Ils ont proposé d'augmenter le nombre de Treg comme stratégie anti-inflammatoire ciblée et de réparation tissulaire post-SCA.
Lors de leur étude, ils ont ajusté l’utilisation de l’interleukine-2 (IL-2), importante pour l’activation des lymphocytes T. Bien que l'IL-2 soit habituellement administrée à haute dose en oncologie, son efficacité a été constatée à faibles doses dans le cadre des traitements post-SCA, permettant d’élever considérablement le niveau de Treg anti-inflammatoires chez les patients.
Une étude clinique de phase 2 impliquant 60 participants ayant une inflammation résiduelle après un SCA a été conduite. La moitié des sujets a reçu une faible dose d’IL-2, tandis que l’autre moitié a reçu un placebo.
Résultats prometteurs à huit semaines de traitement
Après huit semaines, les résultats préliminaires montrèrent :
- Un nombre de cellules Treg environ 40 % plus élevé chez ceux ayant reçu l’IL-2 comparé aux témoins.
- Une diminution de 7,7 % de l’inflammation artérielle chez les patients traités, réduisant considérablement le risque de récidive.
- Un effet thérapeutique plus marqué chez les patients avec une inflammation plus intense initialement.
- Un bon degré de tolérance au traitement observé parmi tous les participants.
- Aucun des patients traités par IL-2 n’a connu de récidive majeure durant le suivi de deux ans, contre quatre dans le groupe placebo.
Ces résultats confirment l'importance d'une approche anti-inflammatoire ciblée sur l’activité des lymphocytes T régulateurs après un SCA, et marquent une première dans la recherche d’un traitement axé sur l’immunité adaptative chez l’homme. Selon Ziad Mallat, directeur de recherche à l’Inserm, 'cette stratégie offre de nouvelles perspectives pour les patients vulnérables après un SCA'. Un essai clinique de phase 3 sera nécessaire pour valider ces résultats prometteurs, ouvrant potentiellement la voie à des traitements innovants dans le domaine cardiovasculaire.







