Les récents événements à Alep marquent une escalade des violences en Syrie, mettant en lumière les tensions entre le régime de Damas et les Kurdes. L'armée syrienne a récemment pris le contrôle de plusieurs quartiers majoritairement kurdes de la ville, provoquant ainsi un affrontement qui remet en question un accord signé en mars, destiné à intégrer les forces kurdes dans un cadre politique plus large.
Depuis la chute de Bachar Al Assad en décembre 2024, Alep n'avait pas connu une telle intensité de combats. Ces affrontements, qui ont causé la mort d'au moins 21 civils et le déplacement de 155 000 personnes, s'inscrivent dans un contexte plus vaste de violences ethniques, rappelant d'autres massacres récents commis sur la côte syrienne contre les Alaouites, et des combats avec les Druzes dans le Sud de la Syrie.
Les Forces démocratiques syriennes (FDS), qui sont principalement composées de combattants kurdes, ont affirmé qu'elles n'étaient pas présentes dans la ville depuis avril. Cependant, ce retrait n'a pas empêché l'armée syrienne de mener des actions militaires sous prétexte de sécurité, démontrant sa volonté de reconquérir des territoires perdus et de réaffirmer son autorité sur l'ensemble du pays.
Le général Ahmed Al Charaa, à la tête d'un gouvernement issu d'éléments jadis opposés au régime, semble ainsi vouloir faire une démonstration de force face à des minorités historiquement marginalisées. Les forces kurdes, qui ont été des alliées essentielles dans la guerre contre l'État islamique, se trouvent désormais dans une position délicate au milieu de ce conflit croissant.
Un expert en Relations internationales a souligné que « la lutte pour le pouvoir à Alep pourrait relancer des tensions plus larges, non seulement entre Damas et les Kurdes, mais aussi dans toute la région ». Avec l'évacuation de plus de 400 combattants kurdes vers les zones autonomes du nord et de l'est, la situation reste volatile.
Bien que l'accord temporaire entre le régime et les forces kurdes ait annoncé un cessez-le-feu, sa mise en œuvre est toujours loin d'être assurée. Les États-Unis et l'Union européenne, tout en cherchant à normaliser leurs relations avec Damas, semblent souvent ignorer les besoins pressants des Kurdes. Dans ce climat, les Kurdes pourraient rapidement devenir les perdants d'une stratégie diplomatique qui privilégie d'autres intérêts géopolitiques.
Alors que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a récemment rencontré Al Charaa, les observateurs se demandent si la protection des minorités sera au cœur des négociations ou si d'autres considérations prévaudront. La communauté internationale doit faire face à la réalité complexe de la Syrie, où les enjeux vont bien au-delà du simple rapport de force entre gouvernements.







