À l'approche de la signature d'un accord commercial tant attendu avec le Mercosur, la Commission européenne fait face à une pression croissante de la part des agriculteurs de l'Union. Ce mercredi, une réunion ministérielle à Bruxelles réunira les ministres de l'Agriculture des Vingt-Sept pour tenter d'apaiser les inquiétudes soulevées par cet accord.
Le lundi, Ursula von der Leyen a annoncé un geste en faveur des agriculteurs, proposant un financement anticipé de 45 milliards d'euros pour la politique agricole commune (PAC) dès 2028, une mesure destinée à tempérer la colère des agriculteurs. Ce geste intervient alors que la tentative de signature de l'accord de libre-échange le 12 janvier approche, un projet qui suscite une vive opposition, en particulier en France.
Ce traité, qui englobe des pays tels que l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay, est perçu comme une menace par de nombreux agriculteurs européens. Le premier syndicat agricole français, la FNSEA, met en garde contre des "mobilisations plus importantes" pour dénoncer cette concurrence jugée inégalitaire. Les agriculteurs français ont déjà intensifié leurs manifestations, avec des convois vers Paris et divers rassemblements locaux.
En plus de craintes concernant la concurrence, les agriculteurs dénoncent la gestion des épizooties, notamment celle de la dermatose nodulaire contagieuse chez les bovins. Les inquiétudes demeurent également autour de la "réciprocité des normes de production" et des contrôles d'importation, alors que le spectre d'une détérioration des conditions de financement de la PAC et une hausse des coûts des engrais préoccupent l'exécutif européen.
Malgré les pressions, la Commission semble déterminée à finaliser cet accord, qui a été en discussion pendant plus de 25 ans. Avec un soutien croissant de l'Italie, qui a récemment salué l'initiative de renforcement de la PAC, Bruxelles se prépare à un vote favorable lors de la rencontre de ce vendredi. Les pays comme l’Allemagne et l’Espagne affichent un soutien fort à l’accord, obligeant ainsi la France, la Pologne et la Hongrie à rassembler des alliés pour une opposition plus efficace.
La Commission européenne a souligné que des mesures de sauvegarde seraient mises en place pour réguler l’importation de produits sensibles, comme le bétail et le volaille, et qu'elle serait prête à rétablir des droits de douane si le marché se voit déstabilisé. Toutefois, la France espère des annonces supplémentaires visant à renforcer la protection de ses agriculteurs.
Un autre point de tension concerne l'usage de pesticides. Les agriculteurs européens accusent leurs concurrents sud-américains d'utiliser des substances interdites dans l'UE. En réponse, la France a récemment décidé de suspendre les importations de certains produits agricoles sud-américains traités avec des substances non autorisées, une mesure qui nécessite maintenant l'aval de la Commission dans les jours à venir.
Alors que les partenaires européens font face à une crise alimentaire mondiale et à la nécessité de diversifier leurs échanges commerciaux, l'issue de cet accord pourrait redéfinir le paysage agricole en Europe. Le débat reste donc enflammé, et chaque mot compte alors que nous nous dirigeons vers une éventuelle signature.







