A quelques jours du sommet Africa Forward à Nairobi, la junte militaire du Niger a pris une décision surprenante le 8 mai : la suspension immédiate de plusieurs médias français et occidentaux, parmi lesquels RFI, France 24 et l'AFP. Ce développement témoigne d'une escalade des tensions entre Niamey et Paris après le coup d'État de 2023.
Dans un communiqué diffusé sur la télévision publique, l'Observatoire national de la communication (ONC) a justifié cette interdiction, accusant ces médias de « diffuser des contenus susceptibles de mettre gravement en péril l'ordre public, l'unité nationale, la cohésion sociale et la stabilité des institutions de la République ». Les mesures prennent effet sans délai.
Des médias censurés
La liste des médias suspendus inclut France 24, RFI, TV5 Monde, TF1 Info, ainsi que d'autres comme Jeune Afrique et Mediapart. L'ONC a précisé que cette interdiction s'applique à tous les supports, y compris numériques et mobiles.
Cette décision intervient dans un climat où le Niger, sous le régime militaire, cherche à rompre avec les influences occidentales, notamment françaises. Depuis son arrivée, la junte a déjà procédé au retrait des troupes françaises engagées dans la lutte contre le terrorisme et s'est tournée vers de nouveaux partenaires, notamment la Russie. Les autorités ont souvent évoqué la nécessité de défendre leur « souveraineté » contre ce qu'elles perçoivent comme un « impérialisme ». L’analyste politique Drissa N’Diaye, interviewé par Le Monde, souligne que ces mesures visent à renforcer la légitimité du régime en se positionnant comme un rempart face aux prétendus abus des puissances étrangères.
Tendances régionales
Le contexte régional renforce également ces tendances. Des décisions similaires ont été prises par le Burkina Faso et le Mali, où plusieurs médias ont été suspendus, notamment en réaction à l'augmentation des violences djihadistes et des soulèvements internes. Au Mali, les autorités, faisant face à une pression croissante, ont également pris des mesures contre la couverture médiatique perçue comme nuisible à l'ordre public.
Cette situation au Niger et dans la région soulève de sérieuses inquiétudes quant à la liberté de pressse et aux droits humains. Les experts appellent à une attention accrue sur le développement de ces tensions et ses impacts potentiels sur la stabilité en Afrique de l'Ouest.







