Les disparus du Salvador : un cri de désespoir dans l'ombre de Bukele

Au Salvador, les disparus sont les grandes victimes oubliées de la politique sécuritaire de Bukele.
Les disparus du Salvador : un cri de désespoir dans l'ombre de Bukele
©STRINGER, AFP - Tomasa Lopez, à côté d'un autel dédié à sa fille Kathya, disparue en 2016 à l'âge de 16 ans, le 20 mars 2026 à Mejicanos, au Salvador

Il y a quatre ans, Tomasa Lopez vivait dans l'angoisse d'un Salvador chargé de violence, dominé par des gangs. Aujourd'hui, bien que le président Nayib Bukele ait proclamé des victoires contre ces groupes criminels, les centaines de disparus restent en grande partie sans réponse, surtout pour la mère de Kathya, une adolescente disparue il y a dix ans.

Au bord d'un ravin à Mejicanos, Tomasa montre un site qu'elle croit être une fosse clandestine. Kathya avait 16 ans lorsqu'elle est partie retrouver une amie et n'est jamais revenue. Dans son quartier, marqué par la désertion face à la violence de la Mara Salvatrucha (MS-13), les bougies brûlent en mémoire de sa fille sur un mur décoré de ses photos.

"C'est ma façon de la garder en vie", affirme Tomasa, tatouée du prénom de Kathya. Le traitement des disparitions au Salvador est devenu un sujet de controverse, surtout après que Bukele a affirmé que 90 % des disparus étaient en réalité des victimes de homicides déguisés, portant le nombre de décès liés aux gangs à 200 000 au lieu de 120 000, selon les estimations officielles.

Bien que Bukele ait établi un régime d'exception en 2022, permettant l’arrestation de milliers de personnes soupçonnées d'appartenir à des gangs, les familles de disparus ressentent un manque d'espoir. "Cela fait dix ans que j'attends une réponse. Pour la police, ceux qui disparaissent n'existent plus", déplore Tomasa lors d'un entretien avec l'AFP.

Carmen Armero, qui a perdu son mari et son fils Herber au fil des violences, partage son désespoir. Présidente d’un groupe dédié à la recherche des disparus, elle accuse les autorités de masquer l’existence de fosses afin de maintenir une façade de sécurité souhaitée par le gouvernement.

Des histoires similaires se multiplient : Fernando, vendeur ambulant, a disparu sur un marché, laissant sa mère désespérée au bord d'un ravin, tandis que sa sœur, Esmeralda, se sent piégée par la peur d'être associée aux gangs si elle entreprenait elle-même des recherches.

Les familles des disparus, qu’il s’agisse de victimes de gangs ou de la guerre civile des années 80, se heurtent à un mur d’indifférence. L’AFP a tenté, sans succès, d'obtenir des réponses de la part du gouvernement concernant ces disparitions.

Le Comité international de la Croix-Rouge insiste sur le droit des familles à connaître le sort de leurs proches, tandis que, face à la montée des disparitions au Mexique, des familles s’organisent et exercent une pression légale sur les autorités. Au Salvador, une proposition de loi visant à renforcer l’obligation d’enquête sur ces disparitions a été rejetée par le Parlement de Bukele.

Au-delà des statistiques, des histoires humaines s’entrelacent, comme celle de Sandra Gallegos, qui trouve du réconfort dans son petit-fils, espérant ardemment le retour de son fils disparu. "Que je le retrouve vivant ou mort, peu importe, j'ai juste besoin de savoir", déclare-t-elle, émue.

Tomasa reste déterminée à poursuivre sa quête jusqu'à son dernier souffle. Pour elle, retrouver sa fille signifierait enfin un apaisement, un lieu pour pleurer et faire son deuil. La lutte pour la visibilité des disparus se poursuit, malgré un silence qui semble envelopper leurs histoires tragiques.

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