Dans une forêt ougandaise, un conflit violent a vu le jour parmi un groupe de chimpanzés, un phénomène jugé extrêmement rare par les experts. Cette situation souligne des dynamiques sociales complexes dans le parc national de Kibale, où des chimpanzés qui cohabitaient pacifiquement pendant près de 30 ans, se divisent désormais en factions rivales.
Selon un rapport de Science, la communauté de Ngogo, qui compte jusqu'à 200 individus, s'est scindée en deux groupes en 2015. Ce schisme a conduit à des attaques violentes, avec des chimpanzés s'attaquant, tuant et montrant des comportements de plus en plus agressifs. Aaron Sandel, anthropologue à l'Université du Texas à Austin, indique : "Après leur division, la violence a connu une escalade notable, avec des cas d'infanticides et des disparitions observées depuis 2021."
Une histoire de cohésion rompue
Depuis les années 1990, des chercheurs étudient ce groupe de primates, préalablement réputé pour sa cohésion. Cependant, la rupture est insidieuse; plusieurs facteurs, dont une mise sous pression accrue par la compétition pour la nourriture et le territoire, semblent avoir contribué à ces comportements hostiles. En outre, des événements contextuels tels que la mort d'individus clés et une épidémie ont pu jouer un rôle significatif dans cette dynamique.
Pour Liran Samuni, zoologiste, "Ngogo a toujours été l'une des communautés de chimpanzés les plus agressives, avec un historique d'incursions violentes chez les voisins." Entre 1998 et 2008, au moins 21 chimpanzés d'autres groupes ont été tués par ses membres.
Définir la guerre
Les chercheurs appellent à la prudence quant à l'utilisation du terme "guerre civile". Aaron Sandel souligne que ce mot a des connotations spécifiques en rapport avec la société humaine. "Il est essentiel de distinguer entre les rivalités intergroupes et les luttes internes au sein d'un même groupe, qui représentent un tout autre niveau de complexité, car ces chimpanzés se connaissent bien," précise-t-il.
Malgré ces avertissements, les affrontements continuent entre les deux factions. Les données recueillies jusqu'en 2024 montrent une intensité continue des hostilités, avec des incidents signalés jusqu'en 2026. Ce conflit offre une occasion unique d'étudier les interactions sociales complexes chez les chimpanzés, suggérant que même dans le règne animal, des tensions anciennes peuvent resurfacer de manière tragique.







