Le projet de ligne à grande vitesse, baptisé High Speed 2 (HS2), qui devait relier Londres à Birmingham, a pris une tournure alarmante. Initialement lancé avec des ambitions grandioses, il est aujourd'hui synonyme de désillusion. Avec un délai dépassant les sept ans et un coût total qui frôle les 72 milliards d'euros en raison de 29 milliards d'euros de surcoûts, la ministre britannique des Transports, Heidi Alexander, a qualifié cette situation de "gâchis épouvantable".
Une étude de la Commission des comptes publics dépeint ce projet comme un véritable exemple de mauvaise gestion. En effet, la progression de cette ligne, destinée à s'étendre vers Leeds et Manchester, a subi une réduction drastique de son périmètre, notamment l'abandon des tronçons entre Birmingham et Manchester. Ainsi, HS2 a atteint des coûts qui dépassent les 500 millions de dollars par kilomètre, détrônant toutes les autres lignes à grande vitesse du globe, y compris la célèbre ligne Shinkansen au Japon, dont le coût était jadis considéré comme exorbitant.
De plus, cette gigantesque augmentation des coûts pourrait être attribuée à la marginalisation de Network Rail, l'entité chargée de superviser l'infrastructure ferroviaire britannique, laissant une liberté excessive aux entreprises privées. Un rapport de James Stewart, ancien directeur d'Infrastructure UK, a mis en lumière un système de contrats qui favorisait les dépassements de budget : les entreprises étant rémunérées en fonction d'un pourcentage des coûts totaux des travaux, créant ainsi un cercle vicieux de dépenses toujours plus élevées.
Les critiques vont bon train, de nombreux experts s'interrogeant sur la nécessité d'une telle ligne à grande vitesse alors que les distances entre les villes desservies restent relativement courtes. Andrew Meaney, responsable des transports chez Oxera, a mentionné le manque d'analyses concernant les économies potentielles d'un projet d'infrastructure moins ambitieux.
En France, à titre de comparaison, les projets de lignes à grande vitesse tels que le TGV coûtent environ 30 millions de dollars par kilomètre, un chiffre qui semble en décalage complet avec les chiffres britanniques. Les dépenses exorbitantes pour certaines infrastructures, comme le tunnel de Sheephouse Wood censé protéger une espèce de chauve-souris, soulèvent également des questions sur les priorités budgetaires du projet.
En conclusion, alors que le gouvernement britannique réévalue la situation et tente de réduire les contrats, le contribuable ne peut que s'inquiéter de la pérennité de cette ligne. La promesse d'un TGV fonctionnel semble encore bien éloignée, les leçons à tirer de cette débâcle étant nombreuses. Comme l'a souligné Paul Chapman, expert en gestion de projets à la Saïd Business School d'Oxford : "Les économies réalisées ailleurs dans le monde et l'efficacité des processus de travail méritent d'être étudiées de près par les décideurs britanniques".







