Le rôle des peuples autochtones en matière de climat est plus vital que jamais. Lors de l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones, le secrétaire général António Guterres a souligné que ces communautés sont des “grands gardiens de la nature, une bibliothèque vivante de la préservation de la biodiversité”. Pourtant, leurs voix et leurs solutions essentielles sont souvent ignorées.

En première ligne du changement climatique, les communautés autochtones vivent au quotidien les conséquences de l’élévation du niveau des mers et de l’exploitation non contrôlée de leurs terres. Selon un rapport de Grist, de 2011 à 2020, ces peuples ont reçu moins de 1 % des financements mondiaux alloués à l'atténuation et à l’adaptation face au changement climatique. Joan Carling, représentante de la communauté kankanai aux Philippines, a déclaré que demander un accès direct au financement est un droit légitime.

Le 28 mars dernier, le Fonds vert pour le climat (GCF) a annoncé un budget de 20 milliards de dollars, mais ses critères de validation sont suffisamment stricts pour exclure souvent les organisations autochtones. Helen Magata, une autre voix des Igorot, a dénoncé qu'aucune d'entre elles n’avait été validée pour l’obtention de ces fonds, comme le rapporte le site du GCF.

Au Canada, la situation n’est pas meilleure. Bien que le gouvernement ait récemment doublé l’enveloppe de son programme de garantie de prêts pour les Autochtones de 4 à 10 milliards de dollars, certains critiques, comme La Presse, évoquent une tentative d’“acheter l’acceptabilité sociale” plutôt qu’un réel engagement envers ces communautés. Les tensions sont particulièrement vives autour de projets d’oléoducs où l'absence de consultation des Autochtones a conduit à des annulations.

En Équateur, la situation est encore plus préoccupante. Les autorités ont commencé à exploiter des ressources pétrolières en Amazonie sans le consentement des peuples autochtones, comme l’a souligné Marcelo Mayancha, président du peuple shiwiar. Ce contraste entre les discours sur une transition énergétique et l'exploitation continue des ressources naturelles démontre une fracture alarmante.

Il est impératif d'écouter les voix autochtones, non seulement pour rétablir la justice mais aussi pour trouver des solutions viables à la crise écologique actuelle. Ailton Krenak, un éminent leader autochtone brésilien, a récemment partagé sa vision d’un “devenir-forêt de la ville”, appelant à un changement radical de paradigme sur notre manière d’habiter la planète. Le Guardian rapporte ses réflexions selon lesquelles discuter de transition équivaut à une “négociation cynique” qui préserve le statu quo.

Les peuples autochtones portent en eux une sagesse ancienne, et il est temps d’accorder à leurs voix l’impact qu’elles méritent.