Selon une récente étude de l'Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA) rendue publique le 13 mai, le gaz naturel liquéfié russe (GNL) importé dans l'UE a atteint des sommets inégalés depuis 2022, année marquée par le début du conflit en Ukraine. Cette étude confirme des données de l'entreprise d'analyse Kpler, relayées par BFM Business, qui mettent en lumière la dépendance croissante de l'Europe à l'égard du gaz russe en pleine turbulence des approvisionnements mondiaux due au conflit au Moyen-Orient.
Les importations de GNL russe par l'UE, soutenues par la France, l'Espagne et la Belgique, ont ainsi augmenté de 16 % par rapport à l'année précédente, atteignant 6,9 milliards de mètres cubes, un chiffre sans précédent depuis 2022. Une tendance similaire s'est poursuivie en avril, où les importations ont encore décroché une hausse de 17 % sur un an.
La France, première importatrice
Depuis l'invasion de l'Ukraine, l'Europe, en quête de diversification, a significativement renforcé ses importations de GNL en cherchant à réduire sa dépendance historique au gaz russe, acheminé principalement par gazoduc. En 2025, ces importations représentaient 45% du total, selon la Commission européenne. Toutefois, malgré cette diversification, la Russie reste le deuxième fournisseur de GNL pour l'UE, en dépit d'une décision de la Commission européenne visant une interdiction complète des importations de gaz russe d'ici l'automne 2027.
En mars 2026, la Russie avait doublé ses revenus en hydrocarbures, en raison d'une envolée des prix, profitant ainsi grandement de sa position sur le marché européen. "La France a importé plus de GNL russe que tout autre pays européen au premier trimestre 2026," a confirmé l'IEEFA, avec un pic enregistré en janvier.
Alors que l'Europe augmente ses approvisionnements en GNL américain, notamment du fait des crises actuelles, les États-Unis se dirigent vers une position de principal fournisseur de gaz pour le continent d'ici 2026. Au premier trimestre, la Norvège se maintenait comme leader avec 31 % des parts de marché, suivie par les États-Unis à 28 %, et la Russie à 14 % pour toutes ses importations de gaz et de GNL.
"Le talon d'Achille" de la stratégie énergétique européenne
"L'objectif initial de l'Europe de passer des gazoducs au GNL devait garantir sécurité d'approvisionnement et diversification... Mais les défis posés par les tensions géopolitiques et la dépendance à un seul fournisseur révèlent l'inefficacité de cette stratégie," a déclaré Ana Maria Jaller-Makarewicz, analyste à l'IEEFA. Le GNL est désormais perçu comme le "talon d'Achille" de la stratégie énergétique européenne, offrant une exposition aux fluctuations des prix et aux perturbations de l'approvisionnement.
D'après les prévisions de l'IEEFA, l'UE pourrait dépendre à 80 % du GNL américain d'ici 2028, posant de nouveaux défis en matière de sécurité énergétique.







