Jacques Percebois, professeur émérite à la faculté d’économie de Montpellier, est l'un des experts français les plus écoutés dans le domaine énergétique. Il nous explique pourquoi les prix à la pompe ne réagissent pas de la même manière à l'augmentation et à la diminution du coût du brut.
Les récents événements géopolitiques mettent en lumière les enjeux de la dépendance énergétique. Selon Percebois, lorsque la circulation maritime dans le détroit d'Ormuz est rétablie, il pourrait falloir des mois, voire des années pour que le marché fonctionne normalement. « Les infrastructures pétrolières prennent du temps à être réparées, surtout pour le gaz qui nécessite des installations plus complexes. »
Sur une hypothèse d'approvisionnement normal, notamment si le passage par Ormuz est assuré, « une légère baisse des prix pourrait être ressentie sous quinze jours », ajoute-t-il, précisant que le raffinage est un processus relativement rapide.
La montée rapide des prix à la pompe s'explique par la précaution des raffineurs et des distributeurs : « Dès qu’il y a une hausse du pétrole brut, ils anticipent et répercutent immédiatement cette hausse pour garantir leur liquidité. » Paradoxalement, alors qu'une baisse se profile, « les prix à la station-service ne chutent pas aussi vite. Les raffineurs insistent sur le fait qu'ils doivent écouler leur stock acheté à des prix élevés », explique Percebois. Cela provoque une frustration grandissante chez les consommateurs.
Pour maintenir un approvisionnement constant, la France est contrainte de conserver des stocks stratégiques pouvant durer 90 jours. Ce système, mis en place depuis les années 1920 après la Première Guerre mondiale, est essentiel pour sécuriser l'approvisionnement en cas de crise. La loi a évolué, mais l’obligation de garder ces réserves reste.
L'Europe face à la crise énergétique
En raison de la diversité de ses sources d'énergie, l'Europe ne dépend pas exclusivement du détroit d'Ormuz. « Avec des importations diversifiées, nous évitons des pénuries majeures », précise Percebois. Ce constat est réconfortant alors que de nombreux pays comme la Chine ou le Japon souffrent encore de leur dépendance face aux fluctuations énergétiques.
Un autre point essentiel réside dans l'apprentissage des crises passées. Depuis les chocs pétroliers de 1973-74, l'Europe a considérablement réduit sa dépendance envers le pétrole. Aujourd'hui, les énergies fossiles représentent 58 % de la consommation énergétique totale. « Le reste est alimenté par le nucléaire, les énergies renouvelables et la biomasse », affirme Percebois. Les États-Unis, la Norvège et plusieurs pays africains émergent désormais comme des fournisseurs clés.
Il demeure fondamental pour le consommateur moyen de comprendre ces dynamiques pour mieux appréhender les fluctuations des prix à la pompe et anticiper les impacts économiques à venir. L'analyse d'experts comme Jacques Percebois est indispensable pour naviguer dans cet environnement complexe.







