L’heure des comptes a sonné. L’annonce par le gouvernement des dernières mesures budgétaires de 2022 permet à présent d’évaluer le bilan fiscal et social du quinquennat d'Emmanuel Macron. Un travail d’analyse présenté par l’Institut des politiques publiques (IPP), rattaché à l’École d’économie de Paris (PSE), qui révèle que, bien que les baisses d’impôts aient profité à la majorité des Français, certains ont indéniablement bénéficié davantage que d'autres.
Au regard des chiffres élaborés par l’IPP, on constate une disparité frappante quant aux bénéficiaires des mesures fiscales durant ce quinquennat. Contrairement aux conclusions de Bercy, l’IPP insiste sur le fait que les principaux gagnants de ces réformes appartiennent à la catégorie des ménages les plus riches.
24 milliards d’euros à partager
Le cumul des réformes fiscales a permis une hausse significative du niveau de vie pour les Français, générant plus de 24 milliards d’euros de revenus additionnels. Toutefois, la répartition de cette richesse n’est pas équitable. En effet, elle n'a pas principalement bénéficié aux classes modestes ou aux ménages moyens, comme le souligne Bercy, qui avance une augmentation de 4 % pour les plus modestes en comparaison d'un modeste 2 % pour les plus aisés.
L’IPP met en avant que les 5 % des Français les plus pauvres ont vu une perte de niveau de vie, un constat alarmant. Ces ménages, souvent déjà exonérés de la taxe d’habitation, ont subi l'impact de la hausse de la fiscalité, notamment en ce qui concerne le tabac et les carburants, sans réelle compensation.
Euros sonnants et trébuchants
Pour les 95 % restants, la tendance est plus claire : leur niveau de vie s'est amélioré, atteignant une croissance d’environ 2 % pour les ménages modestes, et entre 1,3 % et 1,8 % pour les classes moyennes. Toutefois, c’est le 1 % des Français les plus riches qui a réalisé le plus grand gain, avec une hausse de 2,8 %. En effet, l’élimination de l’ISF et la mise en œuvre de la flat tax sur les revenus du patrimoine ont eu un impact considérable sur cette tranche privilégiée.
Contrairement à la méthodologie de Bercy, l’IPP va au-delà de la simple variation en pourcentage et illustre les gains en valeur monétaire. Ainsi, la perte pour les ménages les plus précaires se limite en général à quelques dizaines d’euros, alors que les classes moyennes bénéficient de gains de plusieurs centaines d’euros. En revanche, pour le 1 % le plus fortuné, le surplus de niveau de vie dépasse les 3 000 €.
L’effet de la situation professionnelle
Les résultats confirment que le quinquennat a été particulièrement favorable à certains ménages aisés. « Les bénéfices sont nettement concentrés au sein du dernier centile », observe Brice Fabre, économiste à l’IPP. Néanmoins, il souligne que le revenu n’est pas le seul critère de disparité entre les ménages. Des facteurs additionnels, tels que la situation professionnelle, influencent également cette distribution.
La hausse de la prime d’activité et les changements intervenus en début de quinquennat, avec des baisses de cotisations et une augmentation de la CSG, ont gonflé les revenus des salariés. Selon l’IPP, les ménages actifs ont vu leur niveau de vie augmenter de 3,5 % en moyenne. Cependant, cette politique d'incitation à l'emploi a eu des répercussions moins favorables pour ceux qui n’ont pas ou plus de revenus d’activité.
Enfin, même si les retraités aux revenus modestes ont bénéficié d'une amélioration de leur niveau de vie grâce à l’augmentation du minimum vieillesse, les autres retraités, notamment ceux issus des classes moyennes, n’ont pas vu leur situation s’améliorer significativement, en raison de la modeste revalorisation de leurs pensions et de l'augmentation de la CSG.
Les principales mesures
Plus de 28 milliards d’euros ont été allégés par les prélèvements sur les ménages durant le quinquennat. Parmi les principales réformes, on note la suppressions de la taxe d’habitation (17,5 milliards d’euros), la réduction de l’impôt sur le revenu (5,4 milliards), la défiscalisation des heures supplémentaires (3,6 milliards) et le remplacement de l’ISF par l’IFI (3,2 milliards). Parallèlement, la fiscalité a été rehaussée sur les carburants (2,4 milliards) et le tabac (2,3 milliards).
Concernant les prestations sociales, la hausse la plus significative a concerné la prime d’activité (2,7 milliards d’euros) et la revalorisation des minima sociaux (1,5 milliard). À l'opposé, la plus importante mesure d’économies s’est avérée être la sous-revalorisation des retraites en 2019 et 2020, totalisant 3,4 milliards d’euros.







