INTERVIEW - Un voyage dans les adresses chères à François Simon, où l'esthète explore ses passions et ses tabous gastronomiques.
Y retournerai-je ? C'est le titre de son nouveau livre et la question que se pose ce journaliste gastronome à chaque occasion de visiter un nouvel endroit, un hôtel, ou un restaurant.
Madame Figaro. - Votre actu ?
François Simon. - Un recueil d'adresses variées, paisibles, parfois controversées, mais toutes chères à mon cœur. Je me suis abstenue de mentionner les établissements à la mode ou les 'grands' restaurants, car l'excellence, pour moi, est souvent ennuyeuse et peu appréciée.
Pourquoi faut-il lire votre livre ?
Parce qu'il n'est pas essentiel. Il n'y a ni théorie ni philosophie grandiloquente – juste des moments fugaces et des conseils simples. C'est un ouvrage léger et divertissant qui célèbre les plaisirs de la terre.
Vos indispensables en voyage ?
Un stylo-plume et un carnet. J'en ai rempli plus de deux mille en quarante-cinq ans. La mémoire des doigts est un puissant outil pour imprimer les mots et revivre les sensations.
Un terme à éviter lorsqu'on parle de cuisine ?
Des mots comme "savoureux", "indispensable", ou "must". Et surtout "papilles" que je trouve presque obscène : le goût est bien plus complexe que cela. Ce mot manque de sensualité, alors que la cuisine se raconte à travers ses nuances et émotions.
L'excellence n'intéresse guère de monde et m'ennuie profondément
Avez-vous toujours le même appétit ?
Malgré tout ce qui peut être lassant, je reste curieux, loin des discours sur la cuisine masculine, centré sur soi-même et franco-français.
La question la plus fréquente ?
On me demande sans cesse des adresses, mais finalement, mes amis préfèrent souvent des restaurants à proximité.
Ce qui vous touche au restaurant ?
C'est le spectacle de la table, l'ambiance, les clients. Chaque expérience au restaurant devient une micro-fiction qui révèle la nature humaine.
Mon livre est léger, distrayant et tourne autour des plaisirs de la terre
Allez-vous un jour montrer votre visage ?
Ne pas être célèbre est un bonheur. "La célébrité est un masque qui ronge le visage", disait Kundera. Cette anonymat me permet de vivre une "expérience client" authentique au restaurant, à l'abri des préjugés.
Si vous deviez vous décrire ?
J'aimerais posséder la souplesse d'Arsène Lupin et la discrétion de l'homme invisible.
Votre sensibilité gastronomique ?
Influencé par la cuisine familiale de ma région, j'apprécie des plats simples avec peu d'assaisonnement. Mon intérêt réside davantage dans les goûts des autres que dans le mien, et j'aborde la dégustation d'une manière presque schizophrénique - le bonheur pour moi est de me sentir perdu.
Mon bonheur, c'est d'être perdu
Votre plat d'enfance ?
Le poulet rôti de ma grand-mère est un symbole fort. Cette circularité m'influence, que ce soit dans la musique ou dans le café. La nourriture est un langage qui permet d'approfondir notre connaissance de nous-mêmes.
Une question redoutée ?
Rien ne me trouble, car j'ai peu d'ego. Cependant, un retour sur mes erreurs d’enfance me mettrait mal à l'aise.
La dernière fois où vous avez été fier ?
Lorsque j'ai pris un bateau en hiver au nord du Japon pour vivre une aventure improbable. Sortir de la routine engendre des plaisirs inattendus.
Y retournerai-je ?, de François Simon, Éditions Flammarion, 240 p., 26 €.







