RÉCIT - De la Bretagne aux Pyrénées, les agriculteurs sont en proie à la détresse causée par la canicule. La mort de leurs animaux et les ravages sur leurs cultures sont sources de désespoir. Voici les témoignages poignants de ceux qui vivent l'enfer.
Cédric, président de la FNSEA d’Ille-et-Vilaine, témoigne de l'état de ses vaches, devenues « amorphes, tirant la langue et respirant difficilement ». Manon, éleveuse de porcs dans les Pyrénées et trésorière adjointe de la FNSEA, décrit des bâtiments où le thermomètre atteint des températures insupportables : « Le porc est un animal très fragile qui supporte mal la chaleur », précise-t-elle. Chaque soir, un stress immense l'accompagne alors qu'elle s'inquiète de découvrir des cadavres parmi ses animaux.
En Vendée, Jordy, vice-président des Jeunes Agriculteurs et éleveur de volailles, évoque une mortalité atteignant 10 % chez ses poulets. Il souligne l'impact indirect de la chaleur, entraînant des avortements et un sentiment d'impuissance. Selon l'interprofession Anvol, entre 2,5 et 3 millions de volailles ont perdu la vie à cause de cette canicule.
Une infrastructure d'élimination à bout de souffle
Cédric s'indigne : « Ça fait des années qu’on alerte sur le réchauffement climatique, mais on n’est pas écoutés ». L'élimination des animaux morts, via le service d'équarrissage, ne parvient plus à gérer le pic de mortalité. Jordy déplore que cette solution, cruciale en période de crise, « décroche précisément quand on en a le plus besoin ». Les cadavres se décomposent rapidement, rendant difficile leur gestion.
Manon rappelle que l'enterrement des animaux est interdit pour des raisons sanitaires. Toutefois, des mesures exceptionnelles ont été prises, permettant aux éleveurs d'enfouir les carcasses sur leurs exploitations. « Une telle situation est inédite dans le Grand Ouest », souligne Jordy, sous l'effet d'une crise encore plus grande.
Des réserves d’hiver déjà compromises
« Le blé et le maïs sont en train de crever », s'inquiète l’éleveur breton. Ses réserves de foin, habituellement conservées pour l'hiver, sont déjà épuisées. Il interroge : « Que vont manger mes animaux et qu'en sera-t-il pour les consommateurs ? » Les conséquences immédiates sont préoccupantes : les éleveurs, faute de fourrage, devront réduire leur cheptel ou vendre leurs animaux.
La souveraineté alimentaire en question
« Des années d'alerte sur le réchauffement climatique », rappellent-ils. Ils critiquent les investissements jugés absurdes, comme l'installation de fenêtres dans certains élevages de volailles au nom du bien-être animal, sans tenir compte des effets de la chaleur. Manon plaide pour des investissements nécessaires pour repenser l'isolation de leurs exploitations.
Ce métier n'est pas de courir après des indemnisations, c'est de produire une alimentation de qualité.
Cédric met en garde : « si nous produisons moins, d'autres produits viendront combler le manque ». Il craint également une dégradation de la qualité de la viande française. Manon conclut en soulignant l'importance d'être capable de produire son propre aliment, rappelant que « une société forte doit pouvoir assurer sa propre alimentation ».







