Cinq femmes ont saisi le tribunal administratif, demandant justice contre l'État pour inaction face à Christian Nègre, un ancien haut fonctionnaire sous enquête pour avoir drogué près de 250 femmes afin de les contraindre à uriner en sa présence.
Au cours de l'audience, leurs avocates ont requis des indemnités allant de 90 000 à 180 000 euros. Pourtant, la rapporteuse a recommandé une réparation d'une dizaine de milliers d'euros pour chacune, considérant que la faute relevait principalement de M. Nègre.
« Le comportement inacceptable de M. Nègre découle d'une faute personnelle, problème de confiance pour ses victimes », a souligné la rapporteure, suggérant une compensation de 1 000 euros pour les difficultés quotidiennes persistantes, ainsi que 10 000 euros pour le préjudice moral, incluant la panique ressentie par les plaignantes, comme rapporté par Le Monde.
Les avocates, cependant, jugent ces sommes insuffisantes. Me Lisanne Chamberland-Poulin a déclaré : « Il s’agit d’une violation flagrante de l’intimité de ces femmes. Ce comportement, basé sur l’administration de diurétiques, relève d’une véritable méthode de prédation. » Son confrère, Me Capucine des Ligneris, a ajouté que ce schéma s'est déroulé sur huit ans, affectant entre une et trois femmes par semaine.
La présidente du tribunal a annoncé que le jugement sera rendu dans deux à trois semaines. À la sortie de l'audience, Caroline Darian, cofondatrice de l’association M’endors pas, a critiqué le délai de dix ans de traitement de cette affaire, déclarant qu'il n'y avait pas eu d’action adéquate de la part du ministère.
« Les victimes ont subi humiliation et dégradation », a-t-elle affirmé, tout en soulignant la nécessité d’une évaluation sérieuse des actes de Nègre.
Sylvie Delezenne, l'une des plaignantes, a déclaré avoir ressenti un véritable piège, en particulier lors d'un entretien professionnel avec M. Nègre. Après des heures de stress, elle s'est trouvée contrainte d'uriner en dehors des installations sanitaires sous son regard et les prétextes d'aide de ce dernier.
« Le ministère aurait dû intervenir pour comprendre la situation et prévenir d'autres abus », a insisté Me Chamberland-Poulin. Certaines femmes avaient déjà reçu des compensations en 2023, mais ni reconnaissance ni responsabilité de l'État n'ont été établies.
« C’était une victoire à moitié », a déclaré l’une d’elles, exprimant sa frustration face à sa propre expérience durant un entretien qu'elle pensait crucial pour sa carrière. Ensuite, elle a été identifiée dans un tableau Excel sur l’ordinateur de Nègre, ce qui a intensifié son sentiment de culpabilité.
Les investigations pénales se prolongeront jusqu’à fin 2026, a informé la procureure de Paris, qui a dénombré près de 250 victimes de cette affaire inquiétante. L’avocat de M. Nègre n'a pas souhaité faire de déclaration.







