Alors qu’il aspire à un retour en politique, en se lançant dans la course présidentielle de 2027, Édouard Philippe se retrouve dans la tourmente. L’ancien Premier ministre et maire du Havre fait l'objet d'une enquête menée par le Parquet national financier (PNF).
Des accusations graves portent sur des détournements de fonds publics, des cas de harcèlement moral et une potentielle prise illégale d’intérêt. 20 Minutes dresse un panorama des éléments en jeu autour de cette plainte qui vise le candidat à la présidentielle.
Qui dénonce quoi ?
« Judith » (prénom modifié), ancienne directrice générale adjointe de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole, a initié cette investigation avec une première plainte en septembre 2023. Cette démarche a conduit à l'ouverture d'une enquête préliminaire par le PNF, qui a donné lieu à des perquisitions en avril 2024. Une seconde plainte est intervenue en juin 2025, accompagnée d'une constitution de partie civile.
Selon ses aveux, « Judith » a été « témoin d’actions illégales de la part d’élus », y compris Édouard Philippe. Elle estime que ses alertes n'ont pas conduit à la cessation de ces pratiques, mais plutôt à une intensification du harcèlement de la part de sa hiérarchie.
En janvier 2025, elle a obtenu le statut de lanceuse d’alerte, bien que cela ait été contesté par Philippe. Elle a sollicité ce statut auprès du Défenseur des droits en mars 2023 en raison de la détérioration de ses conditions de travail après avoir sonné l’alarme. Son contrat n’a finalement pas été renouvelé.
La Cité numérique au cœur des accusations
La Cité numérique, un projet destiné à promouvoir l'innovation locale, est au centre des plaintes. Judith souligne rapidement une obscurité dans la gestion de l'association LH French Tech, responsable du projet. Elle raconte avoir reçu des réponses évasives sur les dépenses, ce qui a suscité des soupçons de favoritisme.
Après avoir enfin obtenu des données, elle découvre un faible niveau d’activité et des salaires exorbitants qui soulèvent des interrogations éthiques.
Des personnalités visées
La plainte, formulée par l'avocat Me Jérôme Karsenti, concerne plusieurs personnes, dont Édouard Philippe, une adjointe au maire, et la directrice générale des services de la communauté. Les accusations comprennent notamment harcèlement moral, favoritisme et détournement de fonds publics.
La plainte interpelle également sur un possible pacte entre Philippe et son adjointe, lié au soutien dont bénéficiait LH French Tech pour la gestion de la Cité numérique.
Des soupçons d'irrégularités
Les allégations portent sur une convention pluriannuelle signée en juillet 2020, stipulant que LH French Tech devait recevoir 2,154 millions d’euros pour ses projets. Des rapports d'audit avaient déjà mis en lumière des risques de requalification des marchés liés à ce projet.
La liquidation de LH French Tech, prononcée en avril 2023, est perçue comme une réaction défensive face aux menaces pénales et financières que ces scandales impliquent.
Quelles seront les conséquences judiciaires ?
Le doyen des juges d’instruction a préalablement demandé au PNF de prolonger l'enquête, ce qui a mené à la désignation d'un juge d’instruction le 7 mai dernier pour faire avancer cette affaire complexe. Selon un expert judiciaire, l'ouverture d'une information judiciaire est inévitable une fois qu'une plainte est déposée avec constitution de partie civile.







