Les parents japonais en instance de divorce peuvent désormais choisir la garde partagée. Ce changement marque une évolution significative dans la société, reflétant une implication accrue des pères dans l'éducation des enfants. Cependant, la réforme suscite des craintes, notamment parmi les victimes de violences conjugales.
Takeshi Hirano, âgé de 49 ans, raconte à l'AFP comment son expérience personnelle a façonné sa vision : en 2018, il était rentré chez lui pour découvrir que sa femme avait emporté leurs deux filles. Pour lui, cette nouvelle législation représente "un immense pas en avant" pour les droits parentaux.
Historiquement, au Japon, l'autorité parentale était presque toujours attribuée à la mère après un divorce, plaçant le pays à l'écart des standards des économies développées. "La rupture d'une relation parent-enfant était courante lors d’un divorce", souligne Hirano, qui est également avocat.
Avec la révision de la loi, entrée en vigueur récemment, les couples ont désormais la possibilité de discuter de la garde lors du divorce. Ils peuvent convenir d'une garde exclusive si cela semble préférable, et, en cas de désaccord, les tribunaux familiaux interviendront.
Cependant, certaines voix s'élèvent contre cette réforme. Des militants aux victimes de violences domestiques craignent que la garde conjointe ne les force à rester en contact avec leurs anciens partenaires, augmentant ainsi leur vulnérabilité. Une manifestation à Tokyo, réunissant principalement des femmes, a vu des slogans tels que : "Non à un système qui bloque notre fuite !" résonner dans les rues.
Il est essentiel de comprendre que l'ancien système pouvait également pousser un parent à s'enfuir avec l'enfant pour obtenir un statut de "parent résident". "Votre enfant pouvait être enlevé en toute impunité", déclare encore Hirano, tout en insistant sur le fait que la garde conjointe ne garantit pas automatiquement une augmentation du temps passé avec les enfants.
Par ailleurs, bien que la nouvelle loi permette toujours à un parent de prendre les décisions quotidiennes, elle instaure une nouvelle dynamique en matière d'autorité parentale sur des sujets importants comme l'adresse, le choix d'école, ou même des interventions médicales.
Hirano rappelle que "la participation des deux parents à l'éducation, même après un divorce, est dans le meilleur intérêt de l'enfant". Mais les victimes de violences conjugales, comme Shiho Tanaka, redoutent que la garde conjointe ne les contraigne à maintenir une connexion avec leur ex-partenaire, souvent caractérisée par des abus psychologiques.
Tanaka explique que même si la garde exclusive peut être maintenue en cas de reconnaissance de violences conjugales, "les tribunaux japonais tendent à méconnaître les violences psychologiques". Elle exprime ainsi ses craintes quant à la capacité des médiateurs à identifier ces abus.
Les dynamiques de pouvoir inégales risquent d'obliger certaines victimes à accepter une garde conjointe, les forçant à coélever leurs enfants avec leurs agresseurs. Harumi Okamura, avocate spécialisée en droit familial, évoque le système de médiation qui "privilégie l’écoute égale des deux parties", mais ignore souvent les comportements abusifs des agresseurs.







