Lors d'un moment émouvant, Zeynep Boz, directrice des biens culturels au ministère turc de la Culture, se souvient de la joie ressentie lors du retour d'une statue antique de l'empereur romain Marc Aurèle. "Les données analysées par notre ordinateur ont confirmé que tout était en ordre. Nous étions débordants d'enthousiasme !" déclare-t-elle.
Ce retour, en été dernier, a marqué le point culminant des efforts d'Ankara, avec 180 objets rapatriés en 2025. La statue, bien que démunie de sa tête, est exceptionnelle : c'est une rareté que de tels bronzes survivent, car historiquement, beaucoup ont été fondus pour d'autres usages, indique Zeynep Boz.
L’apport des analyses scientifiques et de l’intelligence artificielle
Après de nombreuses réticences du musée d'art de Cleveland à rendre cette œuvre, sa prise en charge a été facilitée par les analyses d'expert en archéométrie. Ces analyses ont démontré, preuves de sol à l'appui, que la statue provenait de Boubon, un site célèbre pour ses sculptures romaines. Le ministre Mehmet Nuri Ersoy s'est réjoui de voir "l'Empereur philosophe" retrouver sa terre natale.
Récemment, un outil intégrant l'intelligence artificielle, nommé TraceART, a aidé au rapatriement de carreaux de céramique du XVIe siècle, découverts sur une plateforme britannique. Cette technologie, opérationnelle depuis 2025, a identifié plusieurs centaines d'objets de patrimoine turc. A noter que la Turquie a également restitué des œuvres à la Chine, à l'Iran et à l'Égypte.
Des contentieux persistants avec les institutions européennes
Burcu Özdemir précise que le musée américain a pris l'initiative de contacter les autorités turques. L'œuvre en question a été donnée par l'épouse d'un ancien consul général turc. Les efforts se poursuivent pour récupérer d'autres objets perdus à l'époque ottomane, tels qu'une sculpture en marbre conservée à Berlin et plusieurs carreaux d'Iznik au Louvre.
La question des carreaux de céramique remonte à 2003, lorsqu'un carreau a révélé son origine grâce à une manufacture française. Ces artefacts avaient été dérobés à la fin du XIXe siècle par un individu proche du sultan, qui avait tenté de les remplacer par des copies. Malgré les preuves fournies à plusieurs reprises, aucun accord n'a encore été trouvé avec le musée du Louvre.







