Le procès de Sabri Essi, un jihadiste français présumé mort en Syrie, se déroule depuis le 16 mars aux assises de Paris. Il est accusé de génocide et de crimes contre l'humanité à l'encontre de la communauté yézidie. Ce procès interpelle intensément l'opinion publique alors que trois femmes yézidies œuvrant comme parties civiles s'apprêtent à témoigner jeudi prochain.
Les accusations portées contre Sabri Essi comprennent des meurtres collectifs, des ventes d'esclaves et des viols. Un Toulousain né en 1984, il est lié à Mohamed Merah, l’auteur des atrocités de mars 2012 à Toulouse et Montauban, mais son statut est compliqué par son absence. Bien qu'il soit considéré comme décédé, son corps n’a jamais été retrouvé.
Les survivantes, aujourd'hui réfugiées loin de leur Irak natal, ont fait le déplacement jusqu'à Paris. Deux d'entre elles, qui ont bravé les dangers pour témoigner, livreront un récit saisissant de l'attaque des monts Sinjar, territoire sacré pour les yézidis, une religion vieille de 4 000 ans. Leur communauté, souvent considérée comme hérétique, a été ciblée par l'organisation terroriste Daech.
"Échange esclave contre paire d'Adidas"
En été 2014, ces femmes yézidies, séparées de leurs époux, ont été vendues et revendues, souvent par le biais de réseaux illégaux. Les témoignages révèlent des expériences d'horreur : elles ont été affamées, battues et violées en présence de leurs enfants. Ce cycle de souffrance n'a pris fin que lorsque leurs familles ou des ONG ont réussi à les récupérer, souvent à grand prix. Parmi leurs tortionnaires se trouvait Sabri Essid, connu pour son rôle dans la propagande de Daech, notamment dans des vidéos d'exécutions où il glorifie ses actes.
Bahzad Farhan, un membre de l'ONG Kenyat, a joué un rôle crucial dans la documentation de ces atrocités. "Une première survivante a donné les noms d'autres femmes, permettant d'établir un lien direct avec Sabri Essi", souligne-t-il. Son engagement a contribué à donner voix aux victimes, et son témoignage a un impact déterminant sur le récit de cette tragédie.
"Il a commis des atrocités sur ces femmes et leurs enfants qui dépassent l’imagination. Il faut faire savoir au monde ce que ces femmes ont vécu et faire savoir aussi que ce génocide n’est pas fini."
Bahzad Farhan, de l’ONG Kenyatà franceinfo







