Dans une tribune publiée par Le Monde, l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal a annoncé son transfert de Gallimard à Grasset, motivé par une divergence stratégique concernant sa défense durant sa détention en Algérie.
Un an après avoir été emprisonné, Sansal a finalement été gracié par le président algérien Abdelmadjid Tebboune en novembre dernier. Ce parcours tortueux a conduit l'auteur à remettre en question la position de son éditeur historique. "Antoine Gallimard a choisi une approche diplomatique pour me défendre, respectueuse mais non concordante avec ma ligne de résistance face à un régime répressif", a-t-il affirmé.
Son départ, officialisé lors des célébrations du bicentenaire d'Hachette Livre à Paris, intervient alors que le monde de l'édition s'est mobilisé pour sa libération. "Cette épreuve a creusé un fossé entre Gallimard et moi, justifiant ainsi ma décision", a-t-il commenté en insistant sur le fait qu'il a choisi de ne pas céder, quitte à endurer les conséquences.
Un exilé aux lourds souvenirs
Malgré sa libération, Sansal se dit "juridiquement condamné" à cinq ans de prison, ce qui ne représente qu'une partie de sa douleur. Ses réflexions dévoilent un indignement face au symbole de sa grâce, qu'il considère "insatisfaisant". "Au lieu d'un acquittement qui aurait reconnu mon innocence, j'ai été gracié. Je suis libre de fait mais condamné par la justice", a-t-il déclaré, traduisant ainsi le sentiment d'injustice qui l'habite.
Élu à l'Académie française en janvier, Boualem Sansal est désormais un écrivain exilé, se disant privé de sa nationalité algérienne. Cette situation le pousse à rompre avec son éditeur historique. Le moment du départ est empreint de respect mutuel, avec une poignée de mains échangée entre lui et Antoine Gallimard.
Le PDG d'Hachette Livre, Arnaud Lagardère, a exprimé sa tristesse suite à ce choix. "Nous avons devant nous un homme qui a traversé l'indicible, et sa décision témoigne d'une volonté de tourner la page", a-t-il commenté.
Un livre de résistance
Boualem Sansal a également indiqué que son prochain ouvrage, qui chroniquera son expérience de détention, ne pouvait être publié sous l'étendard de Gallimard, qui, durant son emprisonnement, a opté pour des stratégies divergentes. "Mon livre est un cri de résistance et doit être en cohérence avec l'éditeur qui défend mes convictions", explique-t-il, soulignant que Grasset partage sa vision.
Enfin, il a tenu à répondre aux critiques vis-à-vis de son choix d'éditeur, insistant sur le fait qu'il ne s'engage pas dans des querelles personnelles. "Je suis ici pour retrouver ma liberté et me reconstruire après cette épreuve", conclut-il, attirant ainsi l'attention sur sa quête personnelle au-delà des dynamiques éditoriales.







