Considérées comme un "butin de guerre", les femmes yazidies témoignent de leur souffrance au procès de Sabri Essid, un jihadiste français présumé mort en Syrie. Cet événement judiciaire, qui a débuté lundi à la cour d'assises de Paris, marque le premier procès en France sur le génocide de cette minorité religieuse, pour des faits criminels perpétrés entre 2014 et 2016 en Irak et en Syrie.
Bazhad Farhan, un témoin clé et président de l'association Kinyat, est au centre de l'attention. Il cherche à préserver la mémoire des victimes et à garantir que de tels actes ne se reproduisent jamais. Il a été actif dans le sauvetage de nombreuses femmes et fillettes yazidies, en les rachetant à leurs ravisseurs, ce qu'il a réussi à faire en infiltrant des groupes de discussion de jihadistes sur des plateformes comme Telegram, où les femmes étaient souvent postées comme "produits" à vendre.
Les groupes insidieux, surnommés "marché des soldats du califat", divulguaient des annonces pour la vente d'êtres humains, notamment après l'attaque tragique sur le mont Sinjar en août 2014. L'un des messages choquants relayé au procès illustre l'horreur de la situation : "Si quelqu'un veut échanger une sabaya contre une paire d'Adidas..." Ce message, lu par le président de la cour, Marc Sommerer, cristallise la déshumanisation des victimes.
Décrivant une organisation de traite d'êtres humains profondément ancrée, une enquêtrice de l'Office central de répression des violences contre les personnes (OCRVP) a exposé comment les victimes étaient minutieusement triées, puis revendues à divers geôliers. Les témoignages révèlent la brutalité qui régnait, une femme ayant été soumise à des abus par 17 hommes différents, et ce, souvent devant ses propres enfants.
Farhan insiste sur le fait que l'État Islamique considérait ces femmes et enfants comme un butin de guerre. "Pour eux, les femmes étaient de simples objets sexuels, obligées de se convertir à l'islam pour être acceptées", explique-t-il.
Les prix de vente des femmes variaient, atteignant de 3 000 à près de 10 000 dollars selon des critères esthétiques. Les jeunes filles, quant à elles, étaient particulièrement chères, se vendant entre 9 000 et 14 000 dollars. Certains revendeurs prenaient soin d'attendre que ces petites filles atteignent un certain âge pour qu'elles puissent être vendues à un prix encore plus élevé.
Ce procès met en lumière non seulement l'horreur de la traite des êtres humains, mais également la logique commerciale qui la sous-tend. "Avec une fillette de 6 ans, on voit un investissement à long terme pour des fins sexuelles", souligne le président de la cour. Une affirmation que le témoin confirme sans hésitation : "Oui, elles étaient considérées comme des objets sexuels".
Les garçons, âgés de 6 à 12 ans, n'étaient pas épargnés non plus, vendus entre 1 500 et 3 000 dollars pour des tâches domestiques. Passé 12 ans, ils étaient souvent écartés des marchés et formés pour devenir des combattants.
Alors que le procès se poursuit, il est crucial d'entendre et de comprendre ces témoignages pour que l'histoire soit gravée dans les mémoires et que justice soit enfin rendue.







