À Kiev, des vétérans amputés redécouvrent la vie en grimpant sur les murs d'escalade, où l'adrénaline et la camaraderie prennent le pas sur les blessures du passé. Ce sport extrême leur offre une évasion et un moyen de se reconnecter avec leur corps après avoir affronté les horreurs du conflit en cours avec la Russie.
Dans une salle d'escalade moderne de la capitale ukrainienne, des vétérans exécutent des exercices dynamiques au rythme d'une musique entraînante, renforçant non seulement leurs corps mais aussi leur mental. Oleg Khmylevskiï, un ancien soldat de 38 ans ayant perdu sa jambe droite, témoigne : "C'est une peur agréable, c'est de l'adrénaline, un exercice physique inhabituel qui me redonne vie". Cette activité attire nombre de soldats blessés lors des combats, qui cherchent à se réintégrer et à surmonter le traumatisme de la guerre.
Alors que le nombre de soldats ukrainiens blessés dépasse les 370 000, de nombreuses initiatives émergent pour offrir du soutien. Les statistiques évoquent environ 95 000 amputations durant les trois premières années de conflit, laissant un grand nombre de vétérans face à des défis physiques et psychologiques à leur retour à la vie civile. Selon un sondage de Rating Group, beaucoup craignent le manque de compréhension de la société et l'absence d'espaces inclusifs pour les personnes handicapées.
La passion d'Oleg pour l'escalade lui procure une "dose d'adrénaline" nécessaire après les combats, comme l'explique Oleksandr Pedane, animateur de télévision et fondateur du club "Second souffle". Pour lui, l'escalade devient un puissant outil de réhabilitation. "Se sentir plein d'énergie et athlétique est essentiel pour ces vétérans", ajoute-t-il.
Roman Govrylïak, un autre vétéran, partage son expérience après avoir perdu sa jambe à cause d'une mine. Avec humour, il se rappelle sa première pensée : "mais comment vais-je faire du ski ?" Aujourd'hui, il trouve du réconfort dans un cercle de camaraderie, participant à des activités extérieures et travaillant dans la technologie militaire.
Le secteur de l'emploi reste une préoccupation majeure, avec 73 % des vétérans interrogés par Rating Group craignant la difficulté de retrouver un emploi. Cependant, selon le ministère ukrainien des Veterans, jusqu'à 60 % retrouvent leur poste antérieur. La ministre Natalia Kalmykova a souligné que ces vétérans, riches de leurs expériences, sont très prisés sur le marché du travail.
L'Ukraine a aussi initié des "hubs pour vétérans", offrant des espaces de travail collaboratif, des zones dédiées aux enfants et des installations sportives. Alina Bilïakova, instructrice d'escalade, admire la détermination de ses élèves, souvent plus résilients que d'autres. Oleg finit même par oublier son amputation, notant avec humour que perdre une jambe sous le genou est un "jackpot" par rapport à d'autres cas. "On peut vivre comme avant, avec juste quelques ajustements", conclut-il avec optimisme.







