Les Birmans se rendent aux urnes dimanche pour la dernière étape des élections législatives, un événement qui pourrait confirmer la domination du parti pro-militaire, un scrutin jugé comme une simple manoeuvre pour légitimer l'autorité de la junte militaire, cinq ans après le coup d'État de 2021.
Depuis sa déclaration d'indépendance en 1948, la Birmanie a oscillé entre régimes militaires et périodes de gouvernance civile. Les récentes années d'espoir sous un gouvernement démocratique ont pris fin brutalement avec le coup d'État, qui a entraîné l'arrestation de la dirigeante Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix, plongeant le pays dans une spirale de violence et d'instabilité.
A une semaine du cinquième anniversaire du coup d'État, cette phase finale des élections, étendue sur un mois, a commencé dans divers bureaux de vote, notamment à Mandalay et Rangoun, où les souvenirs des manifestations réprimées violentiellement en 2021 sont encore vifs.
La junte présente ces élections sous le prisme d'un retour à la démocratie, malgré l'incapacité de tenir le scrutin dans de nombreuses régions sous contrôle rebelle et l'interdiction du parti de Aung San Suu Kyi, dissous par le nouveau régime.
Selon le général Min Aung Hlaing, cette élection serait le "choix du peuple". Cependant, pour des observateurs comme l'analyste politique Jean-Pierre Poncet, de nombreux citoyens se sentent contraints de se rendre aux urnes et d'élire un candidat qui ne soit pas du PUSD. Une électrice de Rangoun témoigne : "Je sais déjà quel sera le résultat final, mais je veux au moins perturber le processus".
Tensions croissantes
Lors des premières phases, le PUSD a remporté plus de 85% des sièges à la chambre basse et deux tiers à la chambre haute, une victoire qui semble programmée. La Constitution, élaborée par l'armée, stipule également que 25% des sièges sont réservés aux forces militaires.
Min Aung Hlaing a même envisagé d'assumer la présidence lors de la première séance du Parlement nouvellement élu, ce qui pourrait exacerber les tensions déjà présentes. Les craintes d'un scrutin entaché de violence sont également palpables ; un candidat sous couverture d'anonymat souligne que les frappes aériennes dans certaines zones rendent la campagne électorale presque impossible.
Les estimations sur les pertes humaines dans le cadre de la guerre civile varient largement. ACLED, un groupe de surveillance, évoque plus de 90 000 morts, tandis que l'ONU estime qu'environ la moitié des 50 millions de Birmans vivent sous le seuil de pauvreté. Pour beaucoup, ce scrutin semble être une illusion de démocratie dans un pays profondément divisé.
Le verdict des urnes est attendu la semaine prochaine, mais les conséquences réelles de cette élection pourraient retentir bien au-delà du simple résultat.
© 2026 AFP







