Pour Nitzan, citoyen israélien d'une colonie voisine, le Caveau des Patriarches à Hébron est un lieu incontournable pour l'humanité. En revanche, Issa Amro, militant palestinien, y voit un symbole de l'emprise croissante d'Israël sur la ville, la plus vaste de Cisjordanie occupée.
Ce sanctuaire, qui est la sépulture d'Abraham et d'autres figures religieuses vénérées par les juifs, musulmans et chrétiens, est depuis longtemps le foyer de tensions à Hébron.
Connu par les musulmans sous le nom de mosquée d'Ibrahim, ce site est situé dans un secteur strictement contrôlé par Israël, où environ 200 familles de colons israéliens cohabitent avec près de 40 000 Palestiniens, chacun soumis à des règles de sécurité distinctes.
Les autorités israéliennes, justifiant ces mesures par des préoccupations sécuritaires, ont érigé des barrières et des postes de contrôle, restreignant ainsi la circulation des Palestiniens. Comme le souligne Issa Amro, cette réalité crée une atmosphère de confinement : "nous ressentons que nous vivons dans une prison géante, avec des checkpoints qui limitent nos déplacements".
Récemment, des déclarations du ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, ont ajouté à la tension, celui-ci annonçant son intention de transférer la gestion du sanctuaire aux autorités israéliennes, une décision qui suscite l'inquiétude des habitants.
Les témoignages de Nitzan et d'Amro illustrent deux perspectives opposées sur ce lieu emblématique. Pour Nitzan, c'est un site dont toute l'humanité devrait se souvenir, tandis qu'Amro dépeint une image inquiétante où les commerces palestiniens ferment et où l'activité économique décline.
"Avant, tout projet ici requerrait l'approbation du Premier ministre", se souvient Aaron Maruani, adjoint au maire de Kiryat Arba, qui se réjouit de l'assouplissement des procédures. Pourtant, la méfiance entre les deux communautés demeure prégnante : Nitzan confie ne pas croire en une coexistence pacifique à Hébron.
Ce conflit s'inscrit dans une histoire marquée par des événements tragiques, notamment les violences de 1929 et le massacre de 1994, où Baruch Goldstein a abattu 29 Palestiniens musulmans en prière. Un contexte qui nourrit les tensions actuelles.
Alors que les colonies en Cisjordanie continuent de croître, des représentants des colons expriment le souhait d'une hégémonie israélienne totale sur Hébron. Yishai Fleischer, porte-parole de la communauté juive, suggère qu'une telle domination ne priverait pas les Palestiniens de leur culture.
Pourtant, cette perspective est lourde de conséquences pour les Palestiniens, qui craignent une expulsion et une érosion de leurs droits. Moatz Abou Snena, directeur de la mosquée d'Ibrahim, estime quant à lui que les mesures de Smotrich font partie d'un plan plus vaste visant à judaïser le lieu.
Issa Amro résume la situation : "Nous vivons à Hébron, dans notre propre ville, soumis à une loi militaire tandis que les Israéliens sont régis par la loi civile, une situation que je considère comme un apartheid".







