La coupe du monde de football : l'ascension et les fractures de l'Afrique

dix nations africaines brillent à la coupe du monde, mais les inégalités persistent.
La coupe du monde de football : l'ascension et les fractures de l'Afrique
Photographie d'illustration. SIPA / © PP AGENCY

TRIBUNE. Avec dix sélections qualifiées pour la Coupe du monde 2026, l'Afrique confirme son poids grandissant au sein du paysage sportif international. Cependant, derrière cette réussite, règnent encore des rivalités et des inégalités qui traversent le continent, comme l'analyse Emmanuel Dupuy, enseignant en géopolitique.

À quelques jours du coup d'envoi du Mondial de football, il est important de souligner que dix équipes africaines seront présentes sur les pelouses d'Amérique du Nord. Cet accomplissement est un signe indéniable de la montée en puissance du sport africain. Pourtant, les fractures au sein du continent ne doivent pas être ignorées. L'Afrique n'a jamais eu une telle présence dans une Coupe du monde, et l'édition 2030 sera encore plus historique, car le Maroc accueillera l'événement aux côtés du Portugal et de l'Espagne.

À partir du 11 juin, dix pays africains s'affronteront parmi 48 équipes, espérant atteindre le 19 juillet, la finale au MetLife Stadium de New York. Cette réforme de la FIFA, qui permet une plus grande représentation, reflète la réalité sportive en Afrique.

Au cours des 25 dernières années, les athlètes africains ont montré une qualité de jeu équivalente à celle de leurs homologues des autres continents, participant activement aux plus grands championnats européens, tels que la Premier League, la Liga et la Ligue 1. Cette émergence a solidifié des sélections nationales plus compétitives.

L'Afrique est désormais perçue comme un pôle d'influence mondiale par le biais du sport.

Les performances exemplaires de l'équipe des Lions de la Teranga du Sénégal et des Lions de l'Atlas du Maroc lors des dernières compétitions illustrent cette tendance. La Coupe d'Afrique des nations (CAN) 2025, qui se déroulera au Maroc, est prévue comme un point tournant pour l'émergence sportive africaine.

Du développement national à la diplomatie sportive

Cette montée en puissance est le résultat de stratégies sportives planifiées, semblables à celles adoptées par le Qatar ou la Turquie. Certains pays africains ont érigé le sport en pierre angulaire de leur projection internationale, illustrant une géopolitique sportive de plus en plus affirmée.

La récente CAN a prouvé l'efficacité des infrastructures sportives marocaines, avec neuf stades conformes aux normes internationales, préparant ainsi le terrain pour le Mondial de 2030.

Non seulement le sport est devenu un levier économique crucial, générant 2 % du PIB mondial, mais il agit également comme un instrument d'image et de cohésion sociale. Cette perspective a été mise en avant lors du sommet Africa Forward à Nairobi.

Une « coalition mondiale pour la cohésion sociale par le sport » sera bientôt présentée, impliquant plusieurs nations africaines qui élaborent de vastes projets d'infrastructure sportive. Le Maroc, acteur clé de cette dynamique, investit dans des installations modernes tout en formant des talents de renommée mondiale comme Brahim Diaz, meilleur buteur lors de la CAN.

Le sport devient un révélateur des rivalités géopolitiques.

Le Rwanda, par exemple, promeut sa marque « Visit Rwanda » et renforce ses infrastructures sportives tandis que le Sénégal investit dans le Dakar Diamniadio Sports City pour les Jeux olympiques de la jeunesse de 2026.

Révélateur des fractures africaines

Cependant, ce succès sportif met en lumière les profondes inégalités du continent. Près de vingt pays membres de l'Union africaine n'ont toujours pas de stades capables d'accueillir des événements internationaux. Les préoccupations concernant le « pillage » des talents par les clubs européens se font également ressentir.

Les tensions géopolitiques, telles que celles entre l’Algérie et le Maroc, émergent également sur le terrain. Durant la CAN 2025, divers incidents de cybersabotage ont mis en évidence des rivalités sous-jacentes.

Ainsi, pour l'Afrique, le sport représente plus qu'un simple jeu : c'est un poumon vital, battant plus fort à l'approche du Mondial 2026, dont le coup d'envoi sera donné le 11 juin prochain.

*Emmanuel Dupuy est président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe, enseignant en géopolitique à l’Ecole des Hautes Études Internationales et Politiques (HEIP) et à l’Université catholique de Lille.

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