Au cœur des tensions du Moyen-Orient, Donald Trump se trouve peut-être piégé dans un conflit aux conséquences incertaines. "La République islamique saisit que le temps lui est favorable, tandis que Trump en est conscient qu'il est en position défavorable", a déclaré Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences-Po, lors de son intervention dans "La Matinale" du 3 avril.
Le président américain a récemment célébré la destruction d'un pont emblématique à Téhéran, entraînant un bilan tragique d'au moins 9 morts et 95 blessés, comme l'ont rapporté les autorités iraniennes. Trump a exhorté les dirigeants iraniens à négocier un accord rapidement pour éviter des issues regrettables. Pour approfondir cette analyse, Bertrand Badie, auteur de Par-delà la puissance et la guerre, a été invité à partager ses perspectives.
Djamel Mazi : La destruction de ce pont symbolise-t-elle l'impasse ou la frustration américaine ?
Bertrand Badie : Ce n’est pas un simple pont ; c’était une réalisation majeure du génie technique au Moyen-Orient. Sa destruction a eu un impact émotionnel profond sur le peuple iranien. Ce type d'agression, visant des infrastructures civiles, annonce une escalade dans la stratégie américaine, qui bien que ciblée initialement, devient de plus en plus généralisée. Trump, en choisissant cette voie, a sous-estimé la capacité de résistance de l'Iran, imaginez un peu, il pensait qu'en quelques jours, la République islamique serait à genoux. Cependant, la guerre a pris une tournure imprévue. L'Iran, en s'attaquant aux intérêts des pétromonarchies, a mis les États-Unis et Israël dans une position de vulnérabilité, réalisant que chaque acte destructeur pourrait déclencher des conséquences globales que Trump n'avait pas anticipées.
Cette dynamique montre également que l'Iran sait tirer profit du passage du temps à son avantage, tandis que Trump fait face à l'urgence d'agir. Dans un tel contexte, comme l'explique Bertrand Badie, il est probable que les États-Unis intensifient leurs frappes, à l'image de ce que Poutine a réalisé en Ukraine, créant des tensions au sein même des sociétés adverses.
Aussi, sur le plan des relations internationales, la frustration manifeste de Trump envers ses alliés, y compris l'Arabie saoudite, pourrait avoir des répercussions durables. En traitant son dirigeant de "lèche-cul", Trump a franchi une étape, illustrant un mécontentement face à ses partenaires traditionnels, commente Anthony Bellanger.
Cette attitude pourrait alimenter le ressentiment non seulement au sein de l'élite saoudienne, mais également auprès des populations arabes, mettant en danger les alliances régionales. Alors que les États-Unis reprennent une réflexion sur le coût de leur engagement mondial, la question se pose : l’alliance avec l’Arabie saoudite est-elle encore bénéfique ?
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