Avec un bilan micronutritionnel à 130 € et une analyse du microbiote à 200 €, les laboratoires médicaux exploitent le besoin croissant de santé préventive en proposant des tests sans prescription. Ce mode de fonctionnement soulève pourtant des interrogations. Il y a une demande croissante de la part des citoyens. Les individus cherchent à s'informer sur leur santé, à comprendre leur corps et à devenir acteurs de leur bien-être
, affirme Aurélie François, directrice générale de Synlab France.
Linda, 30 ans, témoigne : Après des mois de douleurs intestinales sans réponses, j’ai découvert ces analyses sur les réseaux sociaux. J’ai dépensé 500 € pour une série de tests, espérant trouver une solution à mes problèmes
. Si certains tests révèlent des informations intéressantes, beaucoup de ces bilans, comme le dosage des vitamines ou des minéraux, sont généralement prescrits par des médecins mais désormais accessibles en laboratoire, sans remboursement.
Depuis 2018, Synlab a élargi son offre pour inclure des tests de fatigue, de ménopause, et de suivi sportif, reflétant les changements démographiques et le manque de médecins généralistes. Ce phénomène, signalé par François, pousse de nombreux Français à se tourner vers ces services.
Pour les laboratoires, ces analyses permettent de diversifier leur activité face aux baisses de tarifs imposées par l’Assurance Maladie. Alix Merle, du cabinet Xerfi, souligne que ce marché offre une opportunité d'augmenter les revenus indépendamment de la rémunération des actes conventionnés.
Eurofins Biomnis, par exemple, a lancé en 2018 une gamme de tests appelés Juvenalis
, dédiée à la biologie fonctionnelle, ciblant les personnes inquiètes de leur hygiène de vie. Les tarifs varient, allant de 95 € pour des bilans de fertilité jusqu'à 290 € pour détecter des intolérances alimentaires.
Cependant, ces tests suscitent des critiques. Les analyses de microbiote, par exemple, constituent un réel business
, déclare Pauline Guillouche, gastro-entérologue. Les résultats recueillis ne permettent souvent pas de poser un diagnostic, ni de fournir des conseils nutritionnels pertinents
, met en garde Patrick Veiga, directeur scientifique de l’unité MetaGenoPolis à l’INRAE. S'introduire dans ces résultats sans un avis médical peut mener à des erreurs alimentaires considérables
.
Pour les personnes en errance médicale, ces tests peuvent sembler offrir une réponse rapide, mais comme le remarque Linda, les résultats ne sont pas toujours révélateurs. Je réalise maintenant que cela n'aurait peut-être pas été nécessaire
, conclut-elle. Les voix s’élèvent donc, tant du côté des patients que des experts, pour rappeler que la prudence est de mise face à ces offres de tests médicaux accessibles sans ordonnance.







