La question de l'immigration et de son influence sur le marché du travail soulève de nombreux débats. Selon une analyse récente, l'immigration n'entraîne pas de baisse significative des salaires ou des opportunités d'emploi pour les natifs, bien qu'elle puisse affecter négativement les travailleurs peu qualifiés. Ce constat provient d'une recherche menée par Hillel Rapoport et Anthony Edo, relayée lors d'une présentation à Paris du livre intitulé "L'impact de l'immigration sur le marché du travail" publié par les Presses de Sciences Po.
"Les effets de l'immigration sur les salaires et l'emploi des natifs sont globalement neutres, contrairement aux attentes initiales", souligne Hillel Rapoport.
Le livre, fruit d'une synthèse d'une centaine de travaux universitaires, stipule clairement que l'immigration n'est pas un facteur de déstabilisation sur le marché du travail. Au contraire, les immigrés contribuent à la consommation, à l'innovation et à l'entrepreneuriat, notamment lorsqu'il s'agit d'immigration qualifiée. Ainsi, leur présence tend à accroître la taille de l'économie.
Il est également important de noter que même avec des niveaux de qualification similaires, immigrés et natifs ne sont pas toujours interchangeables, en partie à cause des barrières linguistiques.
Les effets négatifs à court terme
Les résultats de l'étude révèlent que, bien que l'impact global soit neutre, il existe des disparités significatives. L'immigration peut nuire aux natifs ayant des qualifications similaires à celles des nouveaux arrivants, généralement ceux qui ont moins de diplômes, tout en bénéficiant à ceux qui possèdent des caractéristiques complémentaires.
De plus, les effets d'une immigration modérée et prévisible diffèrent largement de ceux liés à des flux massifs, comme l'accueil de Syriens en Turquie après 2011. Dans cette situation, une évaluation a montré une baisse temporaire des salaires, qui revient à la normale après environ dix ans, comme l'explique Anthony Edo.
Jean-Christophe Dumont, chef de la division des migrations internationales à l'OCDE, met en avant certains "angles morts" des études analysées, tels que l'impact sur les prix de l'immobilier. Il insiste également sur la nécessité d'une meilleure recherche sur les "perdants" de cette dynamique, témoignant du fait que les immigrés des vagues antérieures n'arrivent pas à s'intégrer de manière efficace et durable sur le marché du travail.







