Près d'un an après le retour tant attendu de la consigne du verre dans les supermarchés, l'ONG Zero Waste a exprimé ses inquiétudes face à un "faux départ" du dispositif, estimant que sa mise en œuvre ne répond pas aux ambitions initiales des industriels, distributeurs et de l'éco-organisme Citeo.
Lancé en mai 2026, le projet "ReUse", qui vise à expérimenter la consigne du verre à grande échelle dans plusieurs régions du quart nord-ouest de la France (Pays de la Loire, Bretagne, Normandie et Hauts-de-France), avait pour objectif d'inclure 750 magasins d'ici la fin de 2025, selon Citeo. Toutefois, d'après les estimations de Zero Waste, seulement 350 établissements participent effectivement au programme, ce qui témoigne d'une mise en œuvre jugée "insuffisamment ambitieuse" par ces acteurs.
Destinée à encourager les consommateurs à rapporter bouteilles et bocaux vides pour lavage et réemploi, moyennant un remboursement de la consigne, cette initiative se veut une solution contre le retard considérable de la France en matière de réemploi d'emballages. Actuellement, moins de 2% des emballages sont réemployés, alors que la loi Agec (anti-gaspillage et économie circulaire) visait un réemploi de 10% d'ici 2027, tous matériaux confondus.
Au-delà du faible nombre de magasins engagés, Zero Waste critique également le petit nombre de références réemployables disponibles en rayon. En moyenne, seulement neuf produits réemployables sont présents dans chaque magasin participant, alors que Citeo avait prévu plusieurs dizaines. De surcroît, certains produits en emballages réemployables affichent un surcoût allant jusqu'à trois fois celui de leurs équivalents jetables, hors montant de la consigne.
L'ONG souligne également le manque d'implication des grandes marques agroalimentaires. Les entreprises ayant été récompensées par Citeo pour leur engagement dans le dispositif incluent principalement trois brasseries indépendantes, et non les grands noms de la bière, des sodas ou des eaux. "Sans une contrainte sur les industriels et distributeurs, il sera difficile d'obtenir l'engagement attendu", a déclaré Bastien Faure, directeur de Zero Waste France.
D'après lui, le modèle économique de certaines entreprises, basé sur des emballages jetables, est en contradiction avec l'objectif du réemploi. La réponse de l'association nationale des industries alimentaires (Ania) à ce sujet n'était pas disponible à l'heure actuelle.
Zero Waste relève également un manque d'information sur le dispositif, couplé à des machines de déconsigne peu visibles. Bertrand Swiderski, directeur RSE du groupe Carrefour, interrogé par l'AFP, a reconnu que "nous ne sommes pas encore en vitesse de croisière, il y a encore des difficultés à surmonter". Actuellement, seulement 8,3% des magasins Carrefour soutiennent ce projet.
Citeo, pour sa part, préfère garder le silence jusqu'à la présentation de son bilan consolidé dans quelques mois. Bastien Faure a fait part de sa crainte que ce bilan aboutisse à la conclusion erronée que les Français ne souhaitent pas le réemploi, tout en affirmant que les conditions actuelles ne permettent pas de rendre cette solution attrayante sur le plan économique.
Les autorités, notamment l'Élysée, encouragent pour leur part la consigne de recyclage des bouteilles en plastique, mais Faure estime que cela pourrait légitimer le recyclage comme seule solution face à la pollution plastique. Marine Bonavita, chargée de plaidoyer pour Zero Waste, a également averti que le recyclage du plastique nécessite l'utilisation de matière vierge, ce qui ne constitue pas une réponse durable.







