À San Francisco, alors que les cotations de géants tels qu'OpenAI et Anthropic approchent, le marché immobilier se divise entre des appartements de luxe au prix d'or et des secteurs plus modestes où les prix baissent. Des couples travaillant dans la tech et des curieux se rassemblent un dimanche pour visiter un appartement rénové dans le populaire Duboce Triangle.
Avec trois chambres, un grenier aménagé, et des salles de bains ornées de marbre, cet appartement afficherait un prix de trois millions de dollars. Le vendeur innove en acceptant le paiement en actions d'OpenAI ou d'Anthropic, une approche qui, bien que controversée, reflète la frénésie qui règne dans la région. "Ils visent 3,5 à 4 millions, c'est une manière de lancer les enchères", tempête un salarié de la tech sous couvert d'anonymat, insatisfait de devoir louer à des prix exorbitants.
San Francisco retient son souffle : trois entreprises de premier plan – OpenAI, Anthropic et SpaceX – se préparent à une introduction en Bourse qui pourrait engendrer plus de 16.000 millionnaires, exacerbinant les inégalités dans une ville marquée par la disparité économique. Bien que la population marginalisée semble avoir diminué, les effets de l'argent déjà en circulation continuent de transcender l'accès à l'habitat.
"La hausse a commencé à l'automne, lorsque les employés ont eu accès à leur argent via le marché secondaire", explique Danielle Lazier, courtière à San Francisco depuis 2002.
Avec le lancement de ChatGPT, les prix de l'immobilier de luxe dans la baie ont explosé (+13,6%), tandis que dans les districts plus abordables, ils ont chuté de 3,8% selon la plateforme Redfin. Le revenu médian des foyers atteint 162.000 dollars, mais n'autorise l'achat que de 6% des logements.
Une dynamique de marché rappelant les années 2000
Les prix s'envolent également dans le secteur haut de gamme, avec des maisons dépassant allègrement leurs mises à prix; une propriété au-dessus de la Marina, par exemple, a été vendue 15 millions de dollars, un record depuis un quart de siècle, selon l'agence Compass. "On ressent une atmosphère similaire à celle de 2000", note Nina Hatvany, agent immobilier, constatant que les ventes en espèces constituent désormais environ la moitié des transactions. "Les enchères se concentrent principalement sur les maisons individuelles à partir de 3 millions, et moins sur les copropriétés", ajoute-t-elle.
Bien que lors de l'introduction en Bourse de Facebook, les experts déconseillaient l'investissement immobilier, ce frein semble avoir disparu cette fois-ci. "Les enchères multiples sont désormais la norme, souvent sans clauses de retrait possibles”, observe Danielle Lazier. Ce qui distingue cette période, c’est l'effervescence du segment des biens de luxe, avec des offres se situant régulièrement 10 à 20% au-dessus des prix standards.
À quelques kilomètres, le bas du marché immobilier fait face à ses propres défis, avec des audiences d'expulsion atteignant leur plus haut niveau en dix ans. Jacqueline Patton, avocate, signale un "nouveau pic" dû à la fin des protections Covid et à l'escalade du marché de la tech. Les loyers continuent d'augmenter, atteignant pour un appartement deux-pièces un coût médian de 4.000 dollars, marquant la plus forte hausse annuelle du pays (+21%) selon Zumper.
La montée des loyers est "un signe de vitalité économique", notait Ted Egan, économiste en chef de la ville, l'été dernier.
Les associations de défense des locataires s'inquiètent, notant que le budget pour la lutte contre les expulsions est demeuré stagnant depuis 2021, en dépit d'une triptique des procédures. Pour Bilal Mahmood, élu municipal, lutter contre les expulsions est désormais une priorité au même titre que la construction de nouveaux logements.







