Dans le village espagnol d'Almaraz, l'angoisse prédomine alors que le gouvernement doit déterminer, avant cet automne, l'avenir de la plus grande centrale nucléaire d'Espagne. Bien que la fermeture soit initialement programmée pour 2028, les actionnaires plaident pour un report, accentuant les craintes des habitants.
La mémoire de la panne de courant majeure qui a frappé la péninsule ibérique l'année dernière reste vivace, tandis que les conflits géopolitiques comme ceux en Ukraine et au Moyen-Orient compliquent encore l'approvisionnement énergétique mondial. Almaraz, qui contribue à hauteur de 7% à la demande d'électricité nationale, voit son avenir incertain, comme le rapporte le quotidien Le Monde.
"C'est désolant qu'ils envisagent de la fermer", confie José Antonio Morgado, un mécanicien habitué à travailler au site depuis 1989, entre deux bouchées dans le restaurant local, un lieu de rencontre pour les employés de la centrale. Peuvent être en jeu des salaires allant jusqu'à 6.000 euros par mois, des revenus significatifs dans une région en difficulté comme l'Estrémadure.
La fermeture imminente du réacteur n°1 prévue pour 2027, suivie de celle du n°2 en 2028, a été confirmée par le Premier ministre Pedro Sánchez en 2019, en accord avec les actionnaires. Cependant, ceux-ci plaident désormais pour un prolongement d'activité jusqu'en 2030, comme l'indique France 24.
Le restaurant fondé au même moment que la centrale, tenu par David Martín, un trentenaire succédant à ses parents, sert quotidiennement plus de 250 repas durant les périodes de rechargement. "Sans ces travailleurs, nos chiffres de vente chuteraient drastiquement", prévient-il, imaginant déjà un village transformé en désert.
Pour débattre de ces enjeux, un collectif, « Sí a Almaraz, Sí al Futuro », a vu le jour. Fernando Sánchez Castilla, membre expérimenté de la centrale et maire d'une commune voisine, craint que des dizaines de villes ne disparaissent si la fermeture est appliquée, représentant 5% du PIB d'Estrémadure et 4.000 emplois.
La centrale, visible depuis le village, a accueilli récemment des journalistes, leur permettant de percevoir l'importance des installations à travers ses grandes coupoles blanches et son bâtiment abritant les turbines.
En 2025, Almaraz a reçu un niveau d'excellence en sécurité nucléaire, attestant de sa capacité à continuer de fonctionner. Patricia Rubio Oviedo, experte en exploitation, rappelle l'importance de l'énergie nucléaire pour stabiliser les prix énergétiques et garantir une fourniture continue, contrairement aux sources d'énergie renouvelable qui varient. Cependant, le gouvernement de Sánchez mise sur un changement radical vers le renouvelable d'ici 2030, tout en s'engageant à éliminer progressivement le nucléaire d'ici 2035.
Pourtant, la Commission européenne exhorte les États à éviter l'arrêt prématuré des centrales nucléaires, afin de favoriser une transition énergétique équilibrée. Francisco del Pozo Campos de Greenpeace Espagne souligne que le gouvernement fait face à un défi de crédibilité : prolonger la vie de la centrale pourrait entraîner des coûts élevés pour les consommateurs et un investissement manquant de 26 milliards d'euros dans les énergies renouvelables.
Un avis technique de l'Autorité de sûreté nucléaire espagnole est prévu pour juillet, suivi de la décision finale du ministère de la Transition écologique attendue avant fin octobre. De son côté, le ministère a déjà commencé à élaborer des plans de soutien pour les travailleurs d'Almaraz, incluant la reconversion professionnelle en lien avec une nouvelle usine de batteries électriques qui devrait ouvrir à proximité, comme rapporté par RTL.
Pour autant, ces plans ne parviennent pas à apaiser les inquiétudes d'Almaraz. "Si ces familles déménagent, que deviendrons-nous?", s'interroge David Martín, soucieux de l'avenir de son village.







