ENTRETIEN. Expert des finances publiques et membre du Rassemblement National (RN), Jean-Philippe Tanguy ne cache pas son inquiétude. Entre discours officiels et réalités budgétaires, il esquisse un portrait préoccupant de l'état des comptes publics en France.
Valeurs Actuelles. Quels enseignements tirez-vous de l'alerte sur les finances publiques à laquelle vous avez assisté ?
Jean-Philippe Tanguy. Le gouvernement prétend consulter l'opposition, mais en réalité, c'est une façade. À chaque échec, ils se renforcent dans leurs idées reçues. La séance d'hier, qu'on aurait pu espérer constructive, n'a rien apporté. Pas d'informations sur les 6 milliards d'économies évoqués par le ministre Lescure, juste des promesses de réformes structurelles qui traînent depuis 2017. Qui peut encore y croire ? Il s'agit d'une simple opération de communication, comme à l'accoutumée.
Que pouvez-vous nous dire sur les conclusions du Haut Conseil des finances publiques ?
Le Haut Conseil des finances publiques, présidé par Carine Camby, a confirmé qu'aucune mesure sérieuse n'était envisagée pour réduire les dépenses. Hormis 15 milliards de nouveaux impôts, le gouvernement n'a pris que des décisions techniques, sans réformes fondamentales. En réalité, 80 % des dépenses publiques échappent à toute révision sans une réforme profonde. Le budget 2026 est mal conçu dès le départ, et les 6 milliards liés aux conflits à l'étranger ne sont qu'un prétexte, une façon de détourner l'attention.
Vous soutenez que la Cour des comptes fait des analyses pertinentes ?
Les rapports de la Cour des comptes sont très éclairants. Malheureusement, depuis 2017, les mesures d'économie structurelles promises se sont transformées en dépenses nouvelles et en hausses d'impôts.
Depuis deux ans, les promesses d'économies de plusieurs milliards sont restées lettres mortes. L'ampleur de la gabegie est frappante, et tout cela est masqué par des artifices comptables et l'accumulation de la dette. Nous sommes clairement dans un système douteux.
Quel regard portez-vous sur les perspectives d'avenir ?
L'inflation recommence à grimper, la dette augmente sans cesse, et le gouvernement semble déconnecté des souffrances des Français. À quoi bon ? Le ministre Lescure, bien que sympathique, n'apporte aucune solution durable à la crise. Son mandat est caractérisé par un manque de vision.
Il est également crucial de reconnaître que la plupart des députés, au-delà du RN, ferment les yeux sur la gravité de la situation économique. En cas de crise, ce ne seront pas les riches qui supporteront le poids des mesures, mais bien les plus défavorisés et la classe moyenne.
Comment le RN compte-t-il se faire entendre dans ce contexte ?
À l'Assemblée, le RN se retrouve dans une position délicate : la plupart des partis préfèrent faire silence sur la situation économique critique. Les leaders du bloc central cherchent à rassurer l'Union européenne et les marchés financiers, persuadés qu'il reste de l'argent à distribuer. Seul le RN se positionne pour dénoncer la réalité alarmante qui nous rapproche d'une crise similaire à celle de la Grèce en 2011. Il est impératif de mener une opération vérité, sinon la France pourrait faire face à des pressions financières insoutenables.
Qu'attendez-vous des mois à venir avant l'échéance de 2027 ?
Depuis des années, la France n’a pas eu de véritable débat sur les enjeux économiques. Avant 2027, il est essentiel de trouver 100 milliards d'euros d'économies pour stopper l'escalade de la dette. J'ai plaidé pour l'instauration d'une règle d'or idiomatique, adoptée récemment par Thierry Breton, afin de interdire le déficit de fonctionnement. C'est la seule voie pour préserver l’intégrité de notre pays face à un système en déclin.







