Il est tout à fait possible en France de faire une donation à un enfant marié sans que son conjoint n'en bénéficie automatiquement. La clé réside dans la rédaction de l'acte notarié et, le cas échéant, dans l'insertion de clauses spécifiques qui préservent le caractère propre du bien offert. Voici les éléments essentiels à connaître pour sécuriser un don et limiter les risques de conflit ultérieur.
indiquer expressément le caractère personnel dans l'acte
Pour qu'un bien donné à votre enfant ne fasse pas partie du patrimoine commun du couple (notamment si celui-ci est marié sous le régime de la communauté réduite aux acquêts), l'acte de donation doit préciser clairement qu'il s'agit d'une donation "à titre personnel". À défaut de mention claire, la loi et les tribunaux peuvent considérer que le bien a vocation à être commun, en particulier si les fonds ou le bien sont utilisés pour acquérir un bien au profit du ménage.
Cette clarification protège aussi en cas de divorce ou de décès : en cas de divorce, le conjoint ne pourra pas réclamer une part du bien au titre du régime matrimonial ; en cas de décès de l'enfant, le bien entre dans sa succession et les règles successorales s'appliquent, le conjoint survivant n'y ayant les mêmes droits que les autres héritiers mais pas de droit automatique issu du régime matrimonial.
la clause de remploi : préserver le caractère propre en cas de revente ou de réinvestissement
Lorsque la donation concerne un bien susceptible d'être vendu (par exemple une maison) ou un capital, il est prudent d'insérer une clause de remploi dans l'acte. Cette clause permet d'indiquer que le produit de la vente ou le montant obtenu restera un bien propre de l'enfant, même s'il est utilisé pour acheter un nouveau bien. Sans cette précision, l'argent issu d'une vente peut être présumé d'un usage commun et intégrer le patrimoine conjugal.
points pratiques et conseils
Pour agir en toute sécurité, suivez ces recommandations concrètes :
- Rédiger la donation chez un notaire en précisant « à titre personnel » et, si besoin, la clause de remploi.
- Préciser l'origine et la nature du bien donné (numéraire, immobilier, objet de valeur) pour éviter toute confusion ultérieure.
- Vérifier le régime matrimonial de votre enfant (communauté réduite aux acquêts, séparation de biens, communauté universelle) : chaque régime a des conséquences différentes sur les droits du conjoint.
- Conserver tous les actes et pièces justificatives en cas de contestation future.
Enfin, le recours au notaire n'est pas une simple formalité : c'est lui qui s'assurera de la conformité juridique de l'acte, proposera la formulation la plus sûre et expliquera les incidences fiscales éventuelles. En cas de situation particulière (donation indirecte, legs, éventuelles clauses de retour ou d'inaliénabilité), son conseil est indispensable.







