Le contenu de nos assiettes pourrait bien impacter nos émotions, notre humeur et notre anxiété. Des recherches récentes établissent un lien entre la consommation de produits ultra-transformés et un risque accru de dépression. Explications.
On dit qu'une pomme par jour éloigne le médecin, mais cet adage perd de sa pertinence face à un régime composé de pains blancs industriels, de barres chocolatées, de chips, de sodas ou de plats préparés. Ces aliments, qualifiés d'ultra-transformés, sont manufacturés à partir de procédés industriels, offrant peu de nutriments tout en étant riches en sucres, graisses et additifs. Bien que leur lien avec l'obésité et d'autres maladies soit bien documenté, les scientifiques se penchent désormais sur leur impact sur la santé mentale.
Une étude américaine publiée en juillet 2022 dans Public Health Nutrition démontre que les personnes consommant fréquemment ces produits présentent un risque significativement plus élevé de développer des symptômes d’anxiété et de dépression, indique Guillaume Fond, psychiatre et enseignant-chercheur à la fondation FondaMental. Alors, comment notre alimentation influence-t-elle notre mental ? Existe-t-il un lien direct entre l'intestin et le cerveau ?
Une inflammation chronique généralisée
Comme l'a souligné Giulia Enders, doctorante allemande et auteure du best-seller Le charme discret de l'intestin, notre système digestif agit comme un "second cerveau". Il abrite un microbiote complexe qui joue un rôle clé dans notre métabolisme, notre système immunitaire et nos fonctions neurologiques. Cependant, certains composants des aliments ultra-transformés compromettent cette harmonie, ce qui peut impacter notre humeur.
Un régime riche en sucres et en graisses saturées peut altérer la perméabilité de la barrière intestinale, permettant à des toxines de pénétrer dans la circulation sanguine. Cela déclenche une inflammation chronique, affaiblissant ainsi le système immunitaire et perturbant le fonctionnement des organes, dont le cerveau, souligne Guillaume Fond.
Quand l'inflammation se propage et que l'on est malade, toutes les fonctions physiques et mentales sont perturbées.
Cette détérioration de la santé peut facilement créer un cercle vicieux. Lorsqu'une personne se sent fatiguée ou malade, sa capacité à réfléchir et à se concentrer en souffre nécessairement. Des recherches à l'Institut Pasteur démontrent que transférer le microbiote d'une souris souffrant de stress sur un rongeur sain peut provoquer chez ce dernier des symptômes de dépression en six semaines.
Frustration et manque d'énergie
Sur le plan comportemental, une consommation élevée de ces aliments a également effet négatif. De par leur richesse en sucres et en graisses, leur goût savoureux incite à la surconsommation. Ces produits provoquent une libération de dopamine, la fameuse "hormone du plaisir". Plus nous consommons, plus notre corps s'habitue à cette récompense, réduisant ainsi la satisfaction éprouvée lors des repas suivants, ce qui pousse à manger encore davantage.
Cet excès peut générer frustration et culpabilité, alimentant un cycle de prise de poids. « Plus nous prenons du poids, moins nous avons d'énergie pour être actifs, et l'alimentation devient un moyen de gérer nos émotions », explique Guillaume Fond, notant que ces comportements peuvent mener à un état dépressif, allant d'une légère tristesse à une dépression plus sévère.
Comment y remédier ?
Pour inverser cette tendance, il est crucial de prendre le contrôle de son alimentation. Bien que l'élimination complète des aliments ultra-transformés soit irréaliste, leur consommation devrait rester marginale. Guillaume Fond conseille de viser une alimentation riche en fruits, légumes et légumineuses, qui sont d'excellentes sources de fibres et de nutriments.
Un apport quotidien en fruits réduit le risque de dépression de 15 %, celui des légumes, de 9 %.
De plus, les oméga-3, présents dans certaines huiles et poissons gras, sont essentiels pour le bon fonctionnement du cerveau. Enfin, intégrer des aliments probiotiques tels que les produits laitiers, le kimchi ou les soupes fermentées peut aider à restaurer l'équilibre du microbiote et à atténuer l'inflammation.







