"C'est beaucoup d'émotion". Mathis Colas ne peut s'empêcher de sourire en évoquant sa victoire lors du concours régional. Ce moment marquant, survenu le 9 mars 2026 au Mans, l'a propulsé vers la finale nationale qui se déroulera les 31 mai et 1er juin à Vannes. "La pression était immense, je ne voulais pas décevoir ma famille, mes professeurs et mon patron", confie-t-il. Et bien qu'il ait affronté des défis, Claude Bossard, boucher au Mans, note avec admiration la force de ce jeune homme de 17 ans. "Il est tout frêle, il ne pèse que 40 kilos, mais il a une force mentale impressionnante". Un exploit, surtout pour quelqu'un qui vient de Tahiti.
Il quitte Tahiti et sa famille à seulement 15 ans pour venir se former en Sarthe
A 15 ans, Mathis a quitté sa famille, ses amis et son île pour se former en Sarthe. "L'école ne me convenait pas. Rester assis derrière un bureau, ce n'était pas pour moi. Je voulais un apprentissage, quelque chose de concret". Après en avoir discuté avec son père, ancien boucher, il a pris la décision de se lancer dans cette voie. Cependant, il n'existe pas de centre de formation pour les apprentis bouchers à Tahiti. Mathis persuade donc ses parents de le laisser s'installer chez ses grands-parents au Mans.
Son arrivée sur le continent a été un véritable choc. "Je n'avais jamais porté de bonnet ni de doudoune. Là-bas, c'était plutôt maillot de bain et baignade", se souvient-il. Les premiers mois furent difficiles, marqués par un décalage horaire de 13 heures qui compliquait les appels quotidiens à sa famille. "Il y a eu des hauts et des bas, beaucoup de pleurs et de nostalgie. Mais je savais que je ne devais pas décevoir ma famille, et cela m'a motivé à persévérer".
"Je n'avais jamais porté de bonnet de ma vie"
Mathis est déterminé et s'investit pleinement dans ses études et auprès de son patron, Claude Bossard, un professionnel avec 41 ans d'expérience qui admire sa ténacité. "Il ne lâche rien. Pour lui, la boucherie n'est pas qu'un métier, c'est une passion", souligne Bossard. Mathis s'entraîne régulièrement et prépare le concours national, conscient que le plus grand défi sera de gérer la pression le jour J. "Je m'entraîne plusieurs fois par semaine et j'interagis avec les clients pour m'habituer à l'examen".
"Je ne voulais pas décevoir ma famille, mes professeurs et mon patron"
Lors de la finale, il sera confronté à 21 autres jeunes talents. "Être en finale, c'est déjà une victoire qui prouve à mes parents que j'ai fait le bon choix", déclare-t-il, soutenu par ses professeurs et son patron. De plus, il bénéficie de l'appui de Clovis, un ancien apprenti de Claude qui a déjà brillé lors d'une finale nationale. Dans ce contexte, Mathis se transforme en modèle de résilience et de détermination, un vrai ambassadeur de la jeunesse tahitienne sur le sol français.







