CHRONIQUE. Le décès de Lionel Jospin, ancien ministre de l'Éducation nationale lors de l'affaire des "foulards de Creil", invite à revisiter cette époque charnière des années 80. À l'époque, la gauche, tout en défendant certaines idées, amorçait un processus de soumission qui a profondément marqué l'éducation en France.
En 1989, l'incident des foulards à Creil a mis en lumière les tensions liées à l'intégration des valeurs républicaines. Trois élèves marocaines, refusant de retirer leur voile, ont été renvoyées chez elles par le principal, mais sans exclusion. Ce contexte a provoqué une montée de la polémique. Lorsque Jospin déclare à une journaliste : "Qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse que la France s’islamise ?", il souligne une attitude qui a perduré et qui se manifeste aujourd'hui dans des comportements politiques, illustrés par Jean-Luc Mélenchon, qui sont l'écho d'une histoire plus ancienne. Le décès de Jospin, à 88 ans cette semaine, est l'occasion de rappeler à quel point son mandat à l'Éducation nationale (1988-1992) a été largement critiqué.
La "loi Jospin" : un tournant décisif pour l'éducation
La même année, 1989, voit l'adoption de la "loi Jospin" pour l'école, considérée comme l'une des étapes clés dans la réorganisation du système éducatif français. Deux siècles après la prise de la Bastille, le rôle du professeur est symboliquement remis en question. L'objectif fixé de faire accéder 80 % d'une classe d'âge au baccalauréat, impulsé par Jean-Pierre Chevènement, est inséré dans la loi, précipitant l'école dans un nivellement par le bas. Pour permettre à tout le monde de réussir, le système a dû rabaisser ses exigences, entraînant une baisse du niveau général des élèves.
La loi fait également du "centre éducatif" l'élève lui-même, promouvant une idéologie pédagogiste qui rejette la transmission directe du savoir par le professeur. Au lieu de cela, il devient un facilitateur d'apprentissage, commenté par des experts comme Philippe Meirieu, qui valorise cette approche collaborative. Cependant, ce changement entraîne une dilution de l'autorité pédagogique traditionnelle.
Une éducation qui s'adapte aux élèves
L'école inclusive, bien que le terme ne soit pas encore en vogue, voit le jour. Les élèves handicapés doivent être intégrés, ce qui crée un changement fondamental dans la vision éducative : l'école doit s'adapter aux besoins des élèves, et non l'inverse. Les professeurs sont désormais confrontés à des exigences impossibles, devant s'adapter à une multitude de situations individuelles, ce qui amène à une redéfinition des rôles au sein de la classe.
Cette dynamique a mené à la marginalisation des élèves en difficulté, qui souffrent souvent de fausses équivalences avec les élèves réellement handicapés, ce qui complique davantage l'enseignement.
Histoires d'équipe et désillusion
La loi Jospin a aussi introduit des notions comme la "communauté éducative", dissolvant les frontières entre les divers acteurs de l'éducation. Les enseignants, jadis figures centrales, sont désormais réduits à des membres d'équipes, assumant des responsabilités supplémentaires pour lesquelles ils n'étaient pas formés. Ce phénomène engendre un isolement croissant des enseignants, critiqué par des personnalités éducatives telles que Jean-Pierre Obin.
Égalité ou inégalité ?
Le mandat de Jospin a vu l'école abandonner son principe universaliste au profit d'une logique diversitaire. Sous prétexte d'égalité, le système éducatif français est devenu l'un des plus inégalitaires, défendant une vision dévoyée de l'égalité. L'école prétend offrir les mêmes chances à tous, mais en réalité, elle prive souvent les élèves de véritables opportunités. En éliminant les critères de mérite, l'école tombe dans un piège où elle semble inclure tout le monde tout en délaissant le véritable apprentissage.
Ce modèle éducatif actuel, critiqué par plusieurs experts, nuit tant aux élèves que aux enseignants, les plongeant dans une dépendance croissante et idéalisant une vision éducative qui ne répond plus aux véritables besoins des élèves.







