Il pourrait s’agir d’une fable propre à irriter Donald Trump : à force de pester contre Jerome Powell, le président semble finalement prolonger sa présence à la tête de la Réserve fédérale (Fed).
Le mandat de Powell touche à sa fin, mais le processus de désignation de son successeur par la Maison Blanche est au point mort.
Faisons le point sur cette transition chaotique au sommet de la banque centrale américaine.
Où en est-on ?
Jerome Powell devrait présider sa dernière réunion sur les taux d'intérêt américains à la fin d'avril, son mandat prenant fin fin mai. Nommé par Donald Trump, il a été reconduit par Joe Biden. Malgré cela, Trump, réélu en janvier 2025, n’a cessé de le critiquer, le qualifiant d'"incompétent" et d'"idiot".
Répétant qu'il désire des taux d'intérêt plus bas, Trump a envisagé de faire évincer Powell, sans succès. L'été dernier, il a même visité le chantier de rénovation du siège de la Fed, s'étonnant des coûts qui ont grimpé à 2,5 milliards de dollars contre 1,9 milliard initialement prévu.
Apogée de cette bataille, une procureure amie de Trump, Jeanine Pirro, a lancé une procédure judiciaire autour des travaux, que Powell a dénoncée en janvier comme un "prétexte" pour s’en prendre à l'indépendance de la Fed. Ce scénario a suscité des réactions vives au sein du milieu économique, même certains élus républicains désapprouvant cette approche.
Peu après, Joe Biden a annoncé son choix pour remplacer Powell : Kevin Warsh, un ancien gouverneur de la Fed.
Mais qu'est-ce qui empêche la nomination ?
C’est au Sénat qu’il appartient de valider la désignation de Warsh, qui jouit d’une réputation favorable sur les marchés. Cependant, la majorité est mince, et un sénateur républicain de Caroline du Nord, Thom Tillis, menace de bloquer la nomination tant que la procédure judiciaire pesant sur Powell n’est pas résolue.
Un juge a déjà annulé cette procédure, la qualifiant de "harcèlement", mais Pirro reste déterminée à faire appel. Tillis a prévenu le 13 mars que cela "retarderait certainement la confirmation de Kevin Warsh". En attendant, tant que Warsh n’est pas en place, Powell peut rester président.
De plus, même après la confirmation de son successeur, Powell pourrait choisir de rester en tant que simple gouverneur, son mandat se terminant seulement en 2028. Traditionnellement, l'ex-président quitte son poste pour éviter d'interférer avec le nouveau venu, mais cette fois, les choses sont bien plus complexes.
Avec une ambiance aussi tendue, l'exécutif américain craint que Powell ne cherche à garder son poste pour éviter que Trump ne place une figure loyale à sa cause. Ce contexte a conduit Powell à déclarer qu'il ne quitterait pas la Fed tant que la procédure judiciaire ne serait pas réglée de manière définitive et transparente.







