Sébastien Lecornu a exprimé son mécontentement lors du premier comité interministériel sur la lutte contre le narcotrafic, signalant que les propositions de ses collègues sont jugées "insuffisantes". Le ministre a souligné que "le compte n'y est pas" alors que la France fait face à une augmentation inquiétante des meurtres associés à ces trafics.
Cette réunion, qui a rassemblé douze ministres, dont Laurent Nuñez (Intérieur) et Gérald Darmanin (Justice), ne s'est pas soldée par une communication officielle, mais l'entourage de Lecornu a révélée son exaspération. Le Premier ministre a ainsi demandé un "changement d'échelle" dans la réponse à la menace de la criminalité organisée.
Il a également précisé qu'il entend s'investir personnellement dans ce dossier, réclamant des efforts concertés au-delà des seuls ministères concernés. "Je vais m'impliquer directement, ce n'est pas seulement une affaire pour le ministre de l'Intérieur et celui de la Justice", a-t-il affirmé, en soulignant l'importance du rôle du ministre de l'Éducation, Edouard Geffray.
Nuñez, sensationnel dans son plaidoyer pour une approche globale, a affirmé que cette "guerre" contre les narcotrafiquants exigeait un effort collectif revisité. En parallèle, la Chancellerie, représentée par Darmanin, a trouvé que cette initiative interministérielle était un bon signe, tout en citant des avancées comme le Pnaco (Parquet national contre la criminalité organisée).
Cependant, les ministres devront revoir leurs propositions pour un nouveau comité à venir, afin d'apporter des solutions concrètes face à une criminalité en mutation. Depuis leur arrivée à Matignon, les observateurs notent que Lecornu a été atone sur ce sujet, réagissant surtout après des incidents tragiques, comme l’assassinat de Mehdi Kessaci, jeune militant anti-narcotrafic.
La situation s'est aggravée avec des assassinats liés aux trafics en série depuis le début de l'année, des jeunes s'impliquant tant comme victimes que comme auteurs. La liste des villes touchées s'étend, Marseille n'étant plus la seule en proie à des règlements de comptes.
Bien que l'exécutif annonce une "détermination totale" à combattre le narcotrafic, l’ampleur du défi est écrasante. Dans un rapport alarmant, le procureur de Grenoble a révélé une "sinistre comptabilité" de plusieurs meurtres, essentiellement attribués à des luttes de territoires.
L'argent généré par le trafic de drogue est immense, avec des estimations de recettes s'élevant à 7 milliards d'euros en 2023. En 2024, les données de l'Office central de lutte contre la criminalité organisée ont relevé 367 assassinats et tentatives, marquant une hausse de 33 % par rapport à 2021.







