Manon Lemoine, 37 ans, a été élue porte-parole du collectif des victimes de Joël Le Scouarnec, un ex-chirurgien condamné à 20 ans de réclusion. Violée à 11 ans, elle poursuit un combat qu’elle considère d’utilité publique.
"Ce qu’on a vécu, il ne faut pas que cela se reproduise", souligne-t-elle. Son engagement se concentre sur trois axes : la protection des enfants, le soin dans la dignité, et l'accompagnement des victimes.
À un an du verdict prononcé par la cour d'assises du Morbihan, Manon, enceinte, s'affirme toujours "dans l'action", depuis son appartement à Nantes.
Ayant grandi à Vannes, elle se souvient de sa chirurgie pour une appendicectomie, réalisée par Le Scouarnec. Suite à cette opération, elle a été envoyée en internat près de Lorient, la relation avec sa famille s'étant détériorée.
Après un DUT en gestion des entreprises, ses études l’ont menée à Montpellier, puis en Finlande et enfin à Paris, où elle s’est installée en 2011.
Tout a basculé en 2019, lorsque la gendarmerie l’a convoquée pour évoquer un chirurgien. Manon a alors compris qu’elle faisait partie des victimes de Le Scouarnec. "Cette révélation a été un choc, mais j’ai enfin trouvé la clé pour comprendre mes blessures", confie-t-elle.
Cependant, les effets de cette révélation ont été dévastateurs. Elle a pu à peine fonctionner pendant plusieurs mois, lui faisant regagner sa Bretagne natale pour se reconstruire.
"Tous mes cauchemars sont revenus", ajoute-t-elle, ses cheveux châtains attachés. Lors du procès, le 24 février 2025, elle avait l’impression d’"entrer sur un ring" pour affronter son agresseur.
Pourtant, le procès n’a pas suscité l’attention médiatique escomptée et, avec le temps, elle a constaté qu’il n’avait pas contribué aux changements nécessaires dans le domaine de la pédocriminalité.
C'est alors que le collectif s'est formé pour interpeller les décideurs politiques sur les lois et les ressources concernant la pédocriminalité et la protection des victimes.
Depuis près d’un an, Manon enchaîne les rencontres avec des ministres et rédige des communiqués. "Il fallait une personne pour se battre, même si cela m’a coûté des opportunités professionnelles", confie-t-elle, consciente que son statut de victime militante n’est pas forcément bienvenu.
Une autre membre du collectif, Crystel, décrit Manon comme "extrêmement inspirante", exprimant son admiration pour son engagement, surtout alors qu'elle attend un enfant.
Pour Manon Lemoine, la bataille n'est pas terminée. "Le procès au civil est encore en cours", rappelle-t-elle, soulignant le déni général en France concernant la protection des enfants, alors que de nouvelles affaires de pédocriminalité continuent d'émerger.







