Les réticences de l'exécutif à traiter des problèmes de justice, en se réfugiant derrière une circulaire, déclenchent l'indignation des magistrats. "On est abasourdis. On s'attendait à servir de fusible mais pas aussi rapidement", confie une magistrate. Suite au drame entourant la mort de Lyhanna, la réaction politique n'a pas tardé, le Garde des Sceaux, Gérald Darmanin, dénonçant des "dysfonctionnements accablants".
Une source proche du gouvernement a fait état de la responsabilité de la procureure d'Auch, accusée de ne pas avoir respecté une circulaire priorisant les victimes mineures. Cela a provoqué une levée de boucliers parmi les magistrats, qui estiment que la situation est plus complexe qu'il n'y paraît.
Ancelin Nouaille, vice-président de l'Union syndicale des magistrats, exprime son scepticisme sur la pertinence de l'enquête administrative à venir : "Pourquoi enquêter si, dès le début, il est question de responsabilités individuelles et non des moyens de la justice ?" Cela souligne un débat essentiel sur la gestion des ressources judiciaires.
Olivier Étienne, ancien procureur adjoint, abonde dans le même sens : "Il est trop simple de pointer des individus sans examiner la structure qui a permis cette tragédie". Quant à Denis Roucou, magistrat honoraire, il déplore que la justice soit confrontée à un manque de ressources pour traiter la multitude d'urgence au sein de son activité.
Le tribunal d'Auch, en particulier, souffre d'un sous-effectif chronique. David Taupiac, député Liot, avait déjà alerté le ministre de la Justice sur cette situation difficile. "Le sous-effectif générait beaucoup de retards dans les procédures", affirme-t-il. En effet, le parcourt judiciaire d'une affaire exige une attention minutieuse que la justice peine à fournir actuellement.
Le logiciel Cassiopée, censé faciliter le suivi des plaintes, connaît également de récurrentes pannes, rendant la traçabilité des affaires plus complexe. Ces difficultés évoquées par le parlementaire rappellent que, bien que des mesures soient prioritaires selon les directives, la réalité du terrain reste souvent bien éloignée des discours politiques.







