Comment répondre aux manifestations contemporaines de l'antisémitisme? Après avoir consulté diverses associations, Aurore Bergé, la ministre déléguée à la Lutte contre les discriminations, convie ce mardi les responsables politiques de tous horizons à une réunion cruciale pour esquisser un nouveau projet de loi, suite au retrait contesté de la proposition de loi de Caroline Yadan.
Ce rassemblement, programmé pour 16h30, sera précédé d'échanges avec des représentants d'élus locaux et de collectivités territoriales ainsi qu'avec les services de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) et de la Défenseure des droits. « Nous avons besoin d'une loi parce qu'actuellement de nombreux enjeux sont mal définis et échappent à des sanctions », a déclaré Mme Bergé sur RTL.
Les statistiques du ministère de l'Intérieur révèlent qu'à peine en 2025, 1.320 actes antisémites ont été enregistrés, dont deux tiers ciblaient des individus. Ce projet de loi, dont l'élaboration doit se faire selon un calendrier restreint, a été annoncé mi-avril, en réaction au retrait du texte de Caroline Yadan, qui visait à « lutter contre les nouvelles formes d'antisémitisme ».
Ce dernier texte élargissait le délit d'apologie du terrorisme et proposait un délit d'appel à la destruction d'un État. Très critiques à son égard, ses adversaires craignaient un empiètement sur la liberté d'expression et un amalgame maladroit entre les Français juifs et la communauté israélienne.
- Un débat à rassembler -
Tout en appréciant la présence d'élus de La France Insoumise (LFI) à cette rencontre, Mme Bergé a insisté sur son désir de « rassembler » plutôt que d'« enflammer » le débat public. Néanmoins, du côté des élus LFI, le consensus n'est pas garanti. « La proposition de loi Yadan était mauvaise », a affirmé le député LFI Antoine Léaument avant la réunion.
Que devrait contenir ce nouveau texte? Interrogée sur une éventuelle proposition d'Emmanuel Macron concernant une peine d'inéligibilité pour des propos antisémites, Mme Bergé a exprimé que cela « remettrait les pendules à l'heure ».
Légitimes préoccupations ont émergé chez plusieurs élus concernant l'existence d'un texte spécifique. « Il n'y a pas besoin d'une loi spécifique, mais d'un cadre général sur les non-discriminations », a déclaré la porte-parole écologiste Léa Balage El Mariky. Stéphane Peu, président du groupe GDR (communistes et ultramarins), a également plaidé pour une « grande loi contre tous les racismes », afin de renforcer les moyens de résistance aux diverses formes de racisme.
- Réflexion nécessaire -
Le député PS Romain Eskenazi a encouragé un examen des lois existantes, tandis que la députée Modem Perrine Goulet a souligné que les efforts doivent se porter sur l'ensemble des luttes contre les discriminations. « Cela devrait être un sujet porté par le Premier ministre », a-t-elle spécifié, notant qu'une approche plus consensuelle éviterait la tension constatée lors de la préparation de texte précédent, selon Christophe Naegelen, président du groupe LIOT.
Lundi, plusieurs organisations de la société civile ont également été reçues par Mme Bergé. « Tous souhaitaient un texte qui prenne en compte la spécificité de l'antisémitisme lié à l'antisionisme », a précisé Galina Elbaz, première vice-présidente de la Licra.
Pour le président du Crif, Yonathan Arfi, il est fondamental de maintenir le cap sur la lutte contre l’antisémitisme, que certains tentent de dissimuler derrière l’antisionisme. « Les Juifs se voient souvent accusés de complicité dans des génocides », a-t-il mentionné, plaidant pour que « l'esprit de la loi Yadan » soit préservé.







