Munich (Allemagne) (AFP) – Désireux de garantir la protection de leur continent, des dirigeants européens explorent activement les implications du parapluie nucléaire face aux menaces russes et à l'incertitude du soutien américain. Le chancelier allemand Friedrich Merz a récemment partagé lors de la conférence de Munich sur la sécurité (MSC) qu'il a engagé des discussions confidentielles avec le président français concernant une stratégie européenne de dissuasion nucléaire.
Cette réflexion émerge alors que la double menace, celle de l'agressivité russe en Ukraine et le questionnement sur la pérennité du soutien américain, devient de plus en plus pressante. Des experts avertissent que la Russie pourrait tenter de porter atteinte à d'autres nations européennes, accentuant le besoin d'une réponse stratégique coordonnée.
« Il est crucial d'évaluer notre posture de dissuasion », soulignent dans un rapport commun neuf spécialistes à la MSC. Ces experts précisent que l'Union européenne ne peut plus se reposer uniquement sur les États-Unis pour sa défense, citant la nécessité d'une évaluation sérieuse des ressources et des stratégies nucléaires. Des options évoquées incluent le renforcement des capacités nucléaires britanniques et françaises ou la mise en place d'une dissuasion européenne commune, mais aucune approche simple n'est disponible, avertissent-ils.
Un cadre sous l'égide de l'Otan
Ce cadre Otan est jugé essentiel selon les experts. Le ministre estonien des Affaires étrangères, Margus Tsahkna, fait écho à cette position en affirmant : « Nous avons une base de dissuasion solide au sein de l'Otan ». Paris et Londres travaillent déjà sur une coopération renforcée en matière nucléaire, mais les disparités entre l'arsenal américain et les capacités européennes demeurent significatives, rendant complexe toute tentative d'autonomie de la part des pays européens.
« Discuter d'une alternative à la dissuasion nucléaire américaine semble irréaliste pour le moment », souligne Antti Häkkänen, ministre finlandais de la Défense, soulignant l'importance d'un front uni face aux incertitudes actuelles.
Ce débat, longtemps cantonné au cercle des experts, se positionne désormais au cœur des préoccupations politiques, avance la chercheuse Héloïse Fayet de l'Ifri. « Le discours d'Emmanuel Macron à la fin février sur la doctrine française sera un moment clé », prévient-elle, notant l'attente qu'il suscite sur le paysage sécuritaire européen. Rose Gottemoeller, ancienne secrétaire générale adjointe de l'Otan, ajoute que cette allocution pourrait fournir des éclaircissements nécessaires sur les futures orientations stratégiques de la France.
Alors que l'heure tourne et que les dynamiques internationales évoluent rapidement, il est clair que les responsables européens devront agir rapidement et avec précaution pour naviguer dans ce paysage complexe, à la fois par l'innovation stratégique et le renforcement des alliances existantes.
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