Manon Corban
L'essentiel
- La répression à l'égard des LGBT s'intensifie au Sénégal avec des peines allant jusqu'à dix ans de prison.
- Le gouvernement se défend en évoquant une opposition aux valeurs occidentales.
- Cependant, cette homophobie d'État semble souvent coïncider avec des crises internes.
Un homme français, âgé d'une trentaine d'années, a été arrêté au Sénégal le 14 février pour son homosexualité. Il est accusé d'« actes contre-nature » et d'autres infractions. L'ambassade de France suit cette affaire de près.
Cette situation est symptomatique d'un climat répressif croissant, qui s'est aggravé avec le durcissement des lois. En mars, des peines pour relations homosexuelles ont été alourdies, une décision justifiée par une soi-disant défense des valeurs africaines face à l'Occident. Toutefois, selon l'expert Christophe Broqua, chercheur au CNRS, cette répression coïncide souvent avec des crises politiques internes au Sénégal, servant à détourner l'attention des enjeux nationaux.
L'impact sur la santé
Cette stigmatisation a des conséquences néfastes sur la santé publique. L'ONUSIDA a reporté une augmentation de 36 % des cas de VIH entre 2010 et 2024 dans le pays, exacerbée par le climat d'hostilité envers la communauté LGBT, qui ressent une pression à se cacher et une inaccessible aux soins.
Une opposition à l'Occident
Les autorités sénégalaises exploitent les critiques occidentales sur les droits LGBT pour affirmer leur souveraineté. L'ancien Premier ministre Ousmane Sonko a récemment qualifié la défense des droits des homosexuels de « tyrannie » occidentale. Or, cette défense des valeurs africaines semble contradictoire avec l'histoire précoloniale du pays, souvent plus tolérante vis-à-vis de la diversité sexuelle.
Un gouvernement sous pression
Les lois adoptées au Sénégal trouvent leur origine dans les régimes coloniaux, perpétuant une législation qui était déjà oppressive. Face à une augmentation du chômage et une perte de popularité, le gouvernement a ensuite durci ses positions sur les questions LGBT. Cette stratégie est souvent vue comme un moyen de détourner le regard des citoyens des véritables problèmes auxquels ils font face, comme l’observe le sociologue.
Il est essentiel que cette dynamique soit davantage examinée afin de comprendre les véritables motivations derrière la répression des minorités sexuelles au Sénégal.







