À Zaporijjia, dans le sud-est de l'Ukraine, le bref cessez-le-feu entre Kiev et Moscou, entamé lundi, n'a pas vraiment mis un terme aux alertes aériennes. La population, éprouvée par des années de conflit, se résigne à des "jours ordinaires" ponctués de détonations.
"Nous marchions et entendions toujours des explosions", raconte Anastasia Rybalka, rencontrée par l'AFP dans les rues de cette grande ville industrielle, souvent ciblée par les drones et les missiles russes. Cette informaticienne de 23 ans décrit la situation comme un "jour ordinaire", l'écho des bombes servant en quelque sorte de toile de fond à leur quotidien.
Ce cessez-le-feu de trois jours a été annoncé peu avant les célébrations russes marquant la victoire sur l'Allemagne nazie. Donald Trump, le président américain, a espéré que cela serait le "début de la fin" du conflit. Suite à cette annonce, Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, a donné l'ordre à ses forces de ne pas attaquer le défilé militaire à Moscou, par respect pour cette trêve.
Pourtant, dès le début de la cessation des hostilités, les deux camps s'accusent mutuellement d'avoir touché des civils. Selon les autorités ukrainiennes, la région de Zaporijjia est toujours une cible de frappes russes.
"Il y a eu moins de frappes, mais elles persistent", souligne Dmytro Zlotchevsky, un professeur d'anglais de 45 ans. Il admet avoir entendu des explosions et se montre sceptique quant à l'idée que cette trêve pourrait mener à une paix durable : "C'est une pause, un moment prolongé pour permettre à l'agresseur de s'organiser avant son défilé. Puis, cela reprendra", dit-il.
- "Enfin dormir" -
Depuis le début de l'invasion de 2022, plusieurs pauses ont été annoncées, sans résultats tangibles. Les pourparlers directs entre Kiev et Moscou, médiés par Washington, sont dans l'impasse, surtout après l'escalade de la guerre au Moyen-Orient en février dernier.
Le président russe, Vladimir Poutine, a récemment laissé entendre qu'une fin pourrait se profiler, sans toutefois donner de détails. Svitlana Garbouzova, une étudiante de 24 ans, demeure pessimiste : "Je sens que nous vivrons avec cela encore plusieurs années".
À Odessa, sur la mer Noire, Tetiana, institutrice de 38 ans, exprime sa joie d'avoir pu "enfin dormir", profitant d'un moment de calme. "Nous aimerions que cette trêve dure un peu plus longtemps", dit-elle, espérant une fin rapide du conflit.
Dmytro, un jeune vendeur de 20 ans, conseille de rester vigilant face à ce calme précaire : "Demain ou après-demain, tout peut basculer avec des attaques massives dans toute l’Ukraine", avertit-il.
Svitlana, rencontrée à Odessa, ressent cette angoisse persistante malgré les deux nuits de tranquillité. Originaire du Donbass, une région ravagée par le conflit, elle témoigne : "Là-bas, ce n'était pas calme du tout. Les bombardements continuent, et les destructions s'aggravent". Elle conclut : "Odessa a ressenti un peu de paix temporaire, mais pas le Donbass".







