À partir de mardi, le Premier ministre canadien, Mark Carney, entame une tournante visite d'État de quatre jours en Chine, marquant la première démarche d'un chef d'État canadien vers Pékin depuis 2017. L'initiative vise à rétablir des relations commerciales altérées et à réduire la dépendance d'Ottawa au marché américain.
Ce voyage s'inscrit dans un contexte de relations bilatérales mises à mal durant les huit dernières années, particulièrement après l'incident d'arrestation d'une dirigeante de Huawei en 2018, qui a conduit à des tensions d'une intensité inédite entre les deux nations. Lors d'un sommet l'an dernier en Corée du Sud, Carney et le président chinois Xi Jinping avaient déjà amorcé un rapprochement, et cette visite souhaite concrétiser cet élan.
Conformément au communiqué du bureau du Premier ministre, le but de cette mission est de « renforcer la collaboration dans les domaines du commerce, de l’énergie, de l’agriculture et de la sécurité internationale ». Carney est prévu pour rencontrer son homologue Li Qiang et divers dirigeants d'entreprises pour explorer de nouvelles opportunités économiques.
Reconstruction d'une relation essentielle
La portée symbolique de cette visite est indéniable. Plusieurs experts, dont Gordon Houlden, ancien diplomate canadien, considèrent qu'il s'agit d'une « avancée majeure ». Houlden souligne que la résolution des problèmes commerciaux d'origine politique pourrait redynamiser les exportations canadiennes vers la Chine.
Les relations entre les deux pays étaient déjà en crise suite à l'arrestation en 2018 de Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei, à la suite d'une demande des États-Unis. En retour, la Chine a incarcéré des ressortissants canadiens, qualifiant ces actes d'espionnage. La situation a été accentuée par des accusations d'ingérence politique de la part de Pékin, particulièrement durant les élections canadiennes.
Au-delà de cette réconciliation diplomatique, le Canada se fixe un objectif économique clair : diversifier ses échanges commerciaux dans un climat international de plus en plus tendu, accentué par les politiques protectionnistes de l'administration précédente aux États-Unis. La Chine se classe déjà comme le deuxième partenaire commercial du Canada, avec des échanges prévus autour de 118,7 milliards de dollars canadiens pour 2024.
Guy Saint-Jacques, ancien ambassadeur du Canada en Chine, évoque la possibilité de progrès dans des domaines comme les véhicules électriques et l'approvisionnement énergétique, tout en soulignant que « l'éléphant dans la pièce » reste la question des droits de douane. Depuis l'été 2024, le Canada et la Chine ont été à couteaux tirés à propos de surtaxes sur divers produits, ce qui complique la reprise des négociations.
Vina Nadjibulla, de la Fondation Asie-Pacifique du Canada, pointe que toutes les avancées éventuelles seront étroitement scrutées par Washington. « Le défi sera de progresser sur le plan commercial sans compromettre les intérêts de sécurité nationale », explique-t-elle. Voilà un équilibre délicat que le gouvernement canadien devra maintenir, jonglant entre opportunités et prudence stratégique.
À l'issue de sa visite en Chine, Mark Carney se dirigera vers le Qatar pour renforcer les relations bilatérales, avant de prendre part à la réunion annuelle du Forum économique mondial en Suisse, où les enjeux des échanges mondiaux deviendront un sujet de premier plan dans les discussions.







