L'avenir du morta : entre tradition artisanale et préservation de la nature

Faut-il protéger le morta, ce trésor artisanal, ou laisser place à l'exploitation commerciale ?
L'avenir du morta : entre tradition artisanale et préservation de la nature
L’extraction du morta a été encadrée il y a près de quatre ans et le Parc Naturel Régional de Brière n’est pas en capacité d’interdire cette activité selon son président, Éric Provost./Illustration AFP/Loic VENANCE

Cette matière rare, enfouie dans la tourbière depuis des milliers d'années, est au cœur d'un débat passionnant. Le morta, bois fossilisé de chênes du marais de Brière en Loire-Atlantique, est prisé par les artisans pour la fabrication de manches de couteaux et de bijoux. Cependant, certains plaident pour une protection renforcée de cette ressource patrimoniale non renouvelable.

Le processus d'extraction du morta, qui se pratique principalement à la main après des sondages minutieux, est décrit par Jean-Henri Pagnon, coutelier reconnu et fervent défenseur du morta. Selon lui, mettre en place une Indication Géographique Protégée (IGP) serait essentiel « pour garantir la transparence envers les consommateurs. Nous ne voulons pas que notre morta soit confondu avec celui provenant d'autres pays comme la Pologne, et cette IGP pourrait structurer notre travail ».

Néanmoins, un collectif d'acteurs locaux met en garde contre une exploitation croissante de cette ressource unique. Dans une lettre ouverte, des chasseurs et pêcheurs de la Grande Brière Mottière soulignent les dangers d'une « commercialisation excessive » du morta, appelant à un moratoire sur son extraction. Ils affirment que le morta « représente un patrimoine climatique et culturel inestimable ».

Éric Provost, président du Parc Naturel Régional de Brière, explique que bien que l'extraction soit régulée depuis quatre ans, elle n'est pas soumise aux mêmes restrictions que les ressources comme le pétrole. « Nous ne sommes pas en mesure d'interdire cette activité, car le morta n'est pas classé comme ressource archéologique », précise-t-il.

Une convention signée avec 21 communes

Une convention avec un syndicat regroupant 21 communes permet actuellement l'extraction d'environ 40 arbres par an. Jean-Henri Pagnon défend cette pratique : « Notre approche est respectueuse de l'environnement. Nous travaillons sur une parcelle de 1 hectare seulement, dans un espace de 21 000 hectares de zones humides, assurant un prélèvement contrôlé ».

La possibilité de créer une IGP pourrait renforcer ces régulations. « Cela permettrait d'encadrer le prélèvement artisanal et d'apporter des précisions sur les volumes extraits, avec l'accord des propriétaires », explique le président du Parc. Toutefois, il reste à élaborer ce cadre avant la saison d'extraction prévue à l'automne.

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