Le transport aérien est-il en danger à cause d'une potentielle pénurie de kérosène? Avec les tensions croissantes autour du détroit d'Ormuz, la crainte d'une pénurie de ce carburant essentiel se fait de plus en plus pressante.
L'Asie, en particulier, et l'Europe, dans une moindre mesure, dépendent fortement des ressources pétrolières du Moyen-Orient. Actuellement, près de la moitié du kérosène utilisé en Europe provient de cette région stratégique.
Les préoccupations concernant des annulations de vols se multiplient. Selon Claudio Galimberti, économiste chez Rystad Energy, la situation pourrait rapidement devenir critique. « Dans les trois à quatre semaines à venir, nous pourrions assister à une réduction significative des vols en Europe », a-t-il prévenu lors d'une interview sur CNBC.
Alors que certaines annulations sont déjà signalées, la Commission européenne a tenté de rassurer le public. Anna-Kaisa Itkonen, porte-parole de la Commission, a déclaré : « Actuellement, il n'y a aucune preuve de pénuries de carburant au sein de l'Union européenne », tout en admettant qu'une crise pourrait survenir, principalement pour le kérosène d'aviation.
Le 9 avril, le Conseil international des aéroports (ACI) Europe a alerté la Commission sur le fait que des ruptures de stock pourraient survenir dès début mai, si le transit des pétroliers dans le détroit d'Ormuz n'était pas rétabli.
Fatih Birol, président de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), a également exprimé des préoccupations similaires, soulignant que les pénuries pourraient menacer le cœur du marché aérien européen.
Dans son dernier rapport sur le pétrole, l'AIE a mis en évidence un scénario alarmant : « Si le marché mondial du kérosène continue de se resserrer, les stocks européens pourraient chuter en dessous d'un niveau critique de 23 jours d'ici juin ». Ces prévisions sont d'autant plus préoccupantes compte tenu de l'hétérogénéité des réserves entre les différents pays européens.
Certaines nations comme le Japon, qui possède d'importantes réserves stratégiques, ou des pays d'Europe tels que l'Autriche, sont plus à l'abri. En revanche, des pays comme l'Islande ou le Royaume-Uni s'exposent à un risque accru. La France, quant à elle, se trouve dans une position intermédiaire, ni totalement à l'abri ni en situation critique.
Les aéroports de plus petite taille, enclavés à l'intérieur des terres, risquent d'être les plus impactés, car ils sont moins bien alimentés que les grandes plateformes. Rico Luman, économiste à la banque ING, explique que « ce ne sera pas une paralysie complète, mais plutôt des annulations partielles touchant certaines compagnies et aéroports ».
Face à cette incertitude, les compagnies aériennes peinent à établir des calendriers de vols fiables. Airlines for Europe (A4E), une organisation qui regroupe de grands acteurs comme Air France-KLM et Ryanair, plaide pour la mise en place d'un système d'information en temps réel sur les stocks de carburant dans les aéroports. Cependant, les fournisseurs sont réticents à partager ces données sensibles.
TotalEnergies a averti qu'une poursuite du blocage du pétrole du Moyen-Orient pourrait entraîner des difficultés d'approvisionnement dès juin. Son PDG, Patrick Pouyanné, a déclaré à Washington : « Si cette guerre et ce blocus persistent au-delà de trois mois, nous serons confrontés à de sérieux problèmes d'approvisionnement pour certains produits comme le kérosène ».
De plus, A4E suggère d'autoriser l'importation d'un type de kérosène différent, le Jet A, disponible aux États-Unis. Cependant, en raison des nombreuses complications réglementaires et logistiques, cette idée a peu de chances de se concrétiser rapidement.







